Le 24 mars marque le jour de la disparition du grand lettré Phan Chau Trinh (ou Phan Chu Trinh) à Saigon il y a 87 ans (24 mars 1926). Lettré moderniste, anticolonialiste, nationaliste réformateur, il fut l’infatigable partisan d’une solution pacifique pour accéder à l’indépendance.
Il naquit dans la commune de Tây Lộc (district de Tiên Phước, préfecture de Tam Kỳ) de la province de Quảng Nam en 1872. Issu d’une famille relativement aisée, son père, enseignant d’arts martiaux, participa activement au mouvement insurrectionnel d’Aide au Roi (Cần Vương). Mais cet engagement lui coûta la vie lorsqu’ il fut suspecté de trahison en 1887. Sa mère étant décédée quelques années auparavant, Phan Chau Trinh se retrouva orphelin. Il étudia pendant quatre ans en milieu familial soutenu par son frère ainé avant d’obtenir en 1900 le grade de Licencié (Cử Nhân) du concours provincial puis le grade de Vice-docteur (Phó Bảng) l’année suivante. En 1903, il fut nommé secrétaire au Ministère des Rites.
De 1902 à 1905, il étudia les œuvres de Jean-Jacques Rousseau, Montesquieu ou Voltaire et le “nouveau savoir” (tânhọc) dont il s’imprégna pour fonder sa propre pensée politique visant à élever la conscience du peuple dans un contexte colonial. Afin de mieux maîtriser la condition de ses compatriotes, il organisa avec d’autres lettrés (notamment Trần Quý Cáp et Huỳnh Thúc Kháng) un périple dans le Sud du pays puis dans le Nord jusqu’à Hanoi. Il partit ensuite clandestinement en Chine et il rencontra, en 1906, Phan Boi Chau à Hong-Kong. Puis les deux hommes se rendirent ensemble au Japon. C’est à ce moment qu’ils définirent leurs approches respectives pour accéder à l’indépendance : l’une préconisant la violence révolutionnaire, l’autre une évolution pacifique mais intransigeante. Phan Chau Trinh a déjà décidé à cette époque de s’écarter la voie violente aux vues de son expérience familiale dans le Cần Vương et de sa visite dans le maquis du révolutionnaire Hoang Hoa Tham avant son départ pour l’étranger. De retour dans son pays en 1907, il se fit remarquer politiquement par l’envoi d’une lettre de douze pages en caractères chinois (Đầu Pháp chính phủ thư) adressée au Gouverneur général de l’Indochine Paul Beau dans laquelle il exposa son programme de réforme profonde du système colonial. Il s’insurge contre la corruption du système, sa violence, son incapacité à améliorer le sort des masses. Sa lutte pour l’intelligence du Viêt-Nam est désormais engagée.
Il participa à l’aventure de l’Ecole de la Juste Cause (Đông Kinh Nghĩa Thục) à partir de juillet 1907 à Hanoi et soutint l’agitation anti-fiscale de 1908 dans le Centre du pays. Arrêté à Hanoi puis transféré à Huê, ce combat politique lui valut d’être condamné à mort par le régime colonial. Protégé par la Ligue des Droits de l’Homme, il put échapper à une mort certaine mais fut déporté au bagne de Poulo-Condore au mois d’avril 1908. Au mois d’août 1910, il fut libéré du bagne grâce aux vives protestations de la Ligue des Droits de l’Homme puis assigné à résidence à Mytho. A la suite d’une autorisation des autorités coloniales, il se rendit en France en 1911 avec son fils pour y enseigner. Arrivé à Paris, n’oubliant pas le sort de ses compatriotes emprisonnés à la suite de la révolte anti-fiscale de 1908, il rédigea une note (Trung Kỳ dân biến thủy mạt ký) pour la Ligue des Droits de l’Homme afin de plaider leur cause et fit connaître les conditions inhumaines du bagne de Poulo-Condore. Il continua de défendre la cause des prisonniers politiques de l’Indochine tout en rédigeant sa vision d’un Viêt-Nam post-colonial (Pháp-Việt liên hiệp hậu chi Tân Việt Nam).
Pour avoir refusé avec Phan Van Truong de servir la France en tant que soldat pendant la Première guerre mondiale, il fut emprisonné à la Santé de septembre 1914 à juillet 1915. Libéré, il organisa de nouveau le combat anticolonial au sein du groupe parisien dit des “Cinq Dragons” (Nguyen An Ninh, Nguyen Tat Thanh Nguyen The Truyen, Phan Van Truong et Phan Chau Trinh) connu pour avoir porté les “Revendications du peuple annamite” le 19 juin 1919 au Congrès de Versailles sous le nom collectif de Nguyen Ai Quoc. Il fit de nouveau entendre sa voix lors de la venue en France de l’empereur Khai Dinh en 1922 pour lequel il rédigea une lettre (Thất Điều Trần) appelant à la fin de la royauté et chargeant la dynastie de sept fautes majeures. Il rédigea quelques années plus tard un essai de politique indochinoise (Đông Dương chính trị luận).
Ses appels et revendications ne furent guère entendus. Lassé et de santé fragile, il fut autorisé à revenir au Viêt-Nam en 1925. De retour dans son pays, il poursuivit, avec d’autres comme le jeune Nguyen An Ninh, sa lutte pour une réforme républicaine. Il milita en particulier pour l’amnistie de Phan Bội Châu, le père du nationalisme révolutionnaire, et redigea d’autres textes qui exercèrent une influence sur la jeune génération de révolutionnaires (Ðạo đức và luân lý Đông Tây, Quân trị chủ nghĩa và dân trị chủ nghĩa). Malade et épuisé, il devait décéder le 24 mars 1926 le jour de l’arrestation de Nguyen An Ninh et Dejean de la Bâtie (La Cloche Fêlée). Son enterrement donna lieu à d’importantes manifestations populaires dans tout le pays. Des centaines de milliers de jeunes y participèrent sonnant le départ du printemps de 1926, illustré par une série de grèves scolaires sans précédent à Saigon, Huê et Hanoi.
Auteur de nombreux écrits politiques, formant ce qu’on appelle désormais la “pensée Phan Chau Trinh”, il est considéré comme le père de l’idéal démocratique. Traduit en langue anglaise en 2009 par le chercheur Vinh Sinh, ses principaux textes donnent à voir la modernité de sa démarche pacifique. Il incarne cette lutte de longue haleine pour l’intelligence de son peuple et s’inscrit dans une perspective qui démontre l’intelligence de sa lutte dans un contexte colonial particulièrement répressif. En 2007, une Fondation culturelle portant son nom fut créée dans “le but de mobiliser les ressources intellectuelles et matérielles pour une renaissance culturelle du pays, contribuant aussi à sa modernisation” (Vietnam+, 26/03/2013). Pour de nombreux Vietnamiens d’aujourd’hui, la problématique de Phan Chau Trinh consistant à vouloir élever le niveau intellectuel dans une évolution non violente pour accéder à l’indépendance politique et à la liberté des citoyens et de leurs droits est d’une criante actualité.
La journée internationale des droits des femmes de ce 8 mars 2013 est l’occasion de mettre l’accent sur le destin de quelques-unes d’entre elles. Si notre collègue Juliette Lancel a raison de rappeler l’origine “léniniste” de cette journée mondiale[1], il ne faut pas oublier qu’au Viêt-Nam, les révolutionnaires Phan Boi Chau (1867-1940) et Nguyen An Ninh (1900-1943) contribuèrent fortement à la reconnaissance du rôle sociopolitique des femmes [2].
Le 9 décembre 2012, à l’occasion du 64ème anniversaire de la Journée mondiale des droits de l’homme, le prix vietnamien 2012 des droits de l’homme était solennellement remis à trois femmes dont une est encore incarcérée au Viêt-Nam. La cérémonie s’était tenue à la Maison de la Culture de Côte-des-Neiges de la ville de Montréal. Elle avait été organisée en coopération par le Vietnam Human Rights Network (VNHRN) et la Communauté des Vietnamiens Nationalistes de la région de Montréal, sous le parrainage de 18 organisations vietnamo-canadiennes et le soutien de la communauté vietnamienne de San Diego aux États-Unis ou encore l’Association internationale des Médecins du Viêt Nam libre [3].
La cérémonie s’était déroulée dans une atmosphère solennelle dans les deux langues française et anglaise. Le Dr Nguyen Tung Ba, chef du réseau VNHRN, précisait à cette occasion le sens de la remise du prix vietnamien des droits de l’homme à ces trois femmes.
Le Vietnam Human Rights Award de cette année revêt une signification particulière car les trois femmes honorées sont des activistes qui se dressées pour défendre les droits des gens ordinaires. Ces trois activistes, la blogueuse Ta Phong Tan, Mme Pham Thanh Nghien et Mme Huynh Thuc Vy ont surmonté la peur suscitée par l’oppression et la tyrannie. Le régime peut les persécuter physiquement mais il ne pourra pas subjuguer leur combat pour la liberté, la dignité et la justice [4].
Rappelons succinctement le parcours de ces trois femmes ordinaires au destin remarquable.
Pham Thanh Nghien, l’honneur de la patrie
Pour ses prises de position antichinoises sur internet, cette jeune militante pro-démocrate de 34 ans a été arrêtée le 18 septembre 2008 et jugée à Haiphong le 29 janvier 2010 lors d’un procès en huit-clos. Elle fut condamnée à quatre années de prison ferme suivies par trois années d’assignation à résidence (jusqu’en septembre 2015). Libérée le 19 septembre 2012, Pham Thanh Nghien poursuit actuellement son combat « à la maison » en tirant également l’expérience de son emprisonnement qui lui révéla la face cachée du régime. Elle faisait part de son état de santé affaibli à sa sortie de prison en septembre 2012. De petite taille et très déterminée, cette « courageuse fille », comme le note RFA, donne du fil à retordre à la Sécurité publique de Hai Phong qui mobilise des dizaines de policiers pour la surveiller [5]. Elle incarne l’honneur du petit Viêt-Nam face aux ambitions militaires chinoises en Mer orientale.
A propos de la remise de ce prix, elle déclarait :
« Plus que toute autre, je sais qu’il existe beaucoup de gens plus méritants que moi. Qui sont-ils ? Ce sont mes prédécesseurs, ceux qui m’ont ouvert la voie, ceux qui sont sortis temporairement des prisons communistes, ceux qui doivent vivre encore entre quatre murs. Ce sont ceux qui, publiquement ou dans l’ombre, déploient leurs efforts, leur intelligence pour accomplir un rêve simple mais grandiose : Le rêve d’un Vietnam libre » [6].
Huynh Thuc Vy, l’honneur familial
Le profil de cette jeune femme de 28 ans est étonnant. Sur les pas de son père Huynh Ngoc Tuan, ancien prisonnier politique, elle a pris la plume sur la toile pour manifester son soutien au multipartisme et à la démocratie tout en invitant les jeunes de son âge à s’intéresser aux questions politiques et sociales de son pays. Invitée de deux reportages vidéographiques de Radio Free Asia dans lesquels elle relate ses déboires avec la police et ses désirs de démocratie, elle dut subir très jeune une forme de discrimination sociale due au destin particulier de son père. Ce dernier, à travers ses articles et nouvelles littéraires, s’est souvent insurgé contre les injustices sociales, pour la défense des droits de l’homme et le multipartisme. Cet engagement précoce dans les années 1990 l’a mené tout droit en prison. Il fut arrêté en octobre 1992 pour avoir voulu transmettre à l’étranger un recueil critiquant la politique de l’Etat-Parti. Condamné à 10 ans de prison et 4 années d’assignation à résidence, il fut de nouveau libre en 2006. Cette longue épreuve carcérale ne l’empêcha pas de poursuivre ses activités en rédigeant ses mémoires de prison et d’intégrer le Bloc 8406, un regroupement publique de citoyens pro-démocrates, créé justement le 8 avril 2006 [7]. L’honneur de sa fille Thuc Vy se décline en un engagement familial et citoyen [8]. Pour avoir, semble-t-il, rédigé un article sur les événements du 30 avril 1975, Thuc Vy fut kidnappée le 5 juillet 2012 par la sécurité publique de sa province natale (Quang Nam) alors qu’elle se trouvait à Saigon pour manifester [9]. Elle fut reconduite secrètement dans sa province et relâchée. Depuis 2011, sa famille est régulièrement harcelée par les forces de sécurité locales. La jeune fille a clairement expliqué dans un long entretien à la BBC ses motivations profondes :
« Nous, les jeunes Vietnamiens, nous aspirons à une société libre et démocratique au Viêt-Nam, une société réellement libre et démocratique (“chúng tôi – những người trẻ Việt Nam – mong muốn có một xã hội tự do dân chủ ở Việt Nam, một xã hội tự do dân chủ thật sự ở Việt Nam”) » [10].
Ta Phong Tan, l’honneur des petites gens
Mais la bête noire du régime est sans doute l’ancienne policière Ta Phong Tan devenue blogueuse pour défendre une certaine idée de “la justice et de la vérité” comme le rappelle le titre de son blog. Après avoir quitté la police, elle débuta une carrière de journaliste indépendante en 2004, ce qui la mena à ouvrir un blog en 2006 intitulé “Justice et Vérité” (Công lý và Sự thật) en proposant des sujets de reportages sociaux notamment sur les violences policières et la corruption. Ce blog politique, un des premiers du genre, devint très rapidement populaire. Accompagnée de deux autres blogueurs (Nguyen Van Hai et Phan Thanh Hai), elle mis sur pied le “Club des journalistes vietnamiens libres”. Pour cet activisme dérangeant, elle fut arrêtée ainsi que les deux autres membres du Club en septembre 2011. Tous les trois furent condamnés en octobre 2012 pour propagande anti-étatique à de lourdes peines de 4 (Phan Thanh Hai), 10 (Ta Phong Tan) et 12 ans d’enfermement (Nguyen Van Hai).
Destin éminemment tragique pour Ta Phong Tan puisque quelques jours avant la tenue du procès (reporté à trois reprises), Dang Thi Kim Lieng, sa mère se suicidait par le feu le 30 juillet 2012 devant un bâtiment administratif en signe de protestation contre le sort réservé à sa fille. La pauvre mère désespérée devait décéder des suites de cette immolation. Les peines des trois blogueurs ont été confirmées en appel le 28 décembre 2012. Depuis le 15 août 2012, Ta Phong Tan bénéficie d’une entrée sur Wikipedia (english) qui retrace en détail son parcours d’activiste [11].
« Everybody knows that I don’t belong to any organization or political party. I don’t call for the overthrow of the regime and I have violated no laws. I am just a journalist, a free-thinker who writes about things I see and hear. I analyze the problems of society from my own point of view, I say what I think is wrong with our government. I denounce anything I believe is unjust, things that my friends and I have suffered directly, and I speak out for ordinary people who are victims of injustice. That is why the government wants to silence me » [12].
Femmes de courage
Ta Phong Tan, aujourd’hui emprisonnée, vient de recevoir le prix des Femmes courageuses décerné chaque année à quelques femmes qui se sont distinguées par un courage particulier [13]. Cette année, dix femmes d’exception recevront de la Première dame américaine, Michelle Obama, l’invitée d’honneur de la cérémonie, le Prix international femme de courage du Secrétaire d’État américain. Les élues pour ce prix sont :
Mme Fartuun Adan, directrice exécutive de Elman Peace and Human Rights Centre (Somalie)
Mme Malalai Bahaduri, Premier Sergent, Afghan National Interdiction Unit (Afghanistan)
Mme Julieta Castellanos, Recteur, Université nationale autonome du Honduras (Honduras)
Mme Samira Ibrahim, coordonnatrice de Know Your Rights (Egypte)
Mme Elena Milashina, journaliste, militante des droits de l’Homme (Russie)
Mme Nirbhaya “Fearless,” militante de la justice (Inde), décédée.
Dr Josephine Obiajulu, présidente de Campagne pour la démocratie (Nigeria)
Mme Razan Zeitunah, avocate des droits de l’Homme et fondatrice des Comités de coordination locaux (Syrie) [14]
Selon le communiqué officiel, il est rappelé que ce prix “récompense chaque année les femmes dans le monde qui ont fait preuve d’un courage et d’un leadership exceptionnels dans la défense des droits et la responsabilisation des femmes, souvent en s’exposant elles-mêmes à de grands risques. Depuis sa création en 2007, le Prix a été décerné à 67 femmes de 45 pays différents” [15]
Violence policière contre une paysanne en 2010
* * *
En persécutant ces trois femmes de tête, les autorités de la RSVN lancent un signe à toutes les autres Vietnamiennes qui oseraient défier le pouvoir qu’elles soient paysannes, enseignantes, ouvrières, intellectuelles ou lycéennes. Et il faut le dire, dans les conflits sociaux actuels, les femmes, notamment les paysannes et les ouvrières, sont en première ligne. Ce sont elles qui affrontent la police et les milices lors des expropriations, ce sont encore elles qui montent à la ville pour tenir sitting devant les organismes du pouvoir, ce sont majoritairement elles qui nourrissent ce pays en plantant et récoltant le riz. Quoi de plus naturel que d’autres femmes dénoncent ouvertement les injustices dont ces “indignées” (dân oan) sont la cible, des violences dont elles sont victimes et se fassent le relais des nobles idéaux de justice et d’égalité qu’elles portent.
Prenant fait et cause pour leurs compatriotes méprisés, en aucun cas il ne s’agissait pour ces net-citoyennes de faire de la « propagande contre l’État » comme le stipule l’article 88 du code pénal et qui est d’emblée systématiquement utilisé par les actes d’accusation dans ce genre d’affaire. Il s’agissait pour elles d’exercer le droit le plus élémentaire d’expression, de communication et de partage d’information sur des sujets de société qui touchent directement les Vietnamiens dans leur vie quotidienne, un droit fondamental qui peut coûter dans le Viêt-Nam socialiste jusqu’à 20 ans d’emprisonnement.
En réalité, le pouvoir communiste condamne l’activisme sur la toile dans ce qu’il a de plus dangereux à ses yeux : être un espace libre de discussion et d’échange avec des Vietnamiens de l’étranger engagés politiquement contre le régime policier et farouches militants pour l’instauration de la démocratie. C’est ainsi que des échanges sur les blogs entre « ceux de l’intérieur » et « ceux de l’extérieur » sur le destin politique du Viêt-Nam peuvent être assimilés à de la propagande anti-étatique, voire à un acte de subversion visant à « renverser le gouvernement populaire » selon la rhétorique habituelle comme l’a démontré le procès des 14 jeunes catholiques de Vinh. Mais cette rhétorique ne fait aujourd’hui plus sens et internet a définitivement changer la donne. Le transnationalisme a fait explosé les frontières intellectuelles entre ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur. Ils marchent désormais tous pour la même cause de transformation pacifique du Viêt-Nam en État de droit dans lequel seront garantis les droits des citoyens.
La remise de ces prix par tout un ensemble d’associations vietnamiennes de l’étranger et aujourd’hui par les autorités américaines démontre que d’une part, ce qui se passe au Viêt-Nam en matière de droits de l’homme est suivi de près par la communauté internationale, et d’autre part, vise à rendre publique le destin souvent oublié des femmes vietnamiennes. Forte de son expérience de 4 années d’enfermement pour une simple expression patriotique, à sa sortie de prison, Pham Thanh Nghien rappelait avec détermination dans une interview de Radio Free Asia : “Il n’y a aucune raison de ne pas poursuivre la lutte” [16].
[2] Bui Tran Phuong, « Bui Tran Phuong, Viêt Nam 1918-1945, genre et modernité : Émergence de nouvelles perceptions et expérimentations », Genre & Histoire [En ligne], 2 | Printemps 2008, mis en ligne le 14 juillet 2008, consulté le 08 mars 2013. URL : http://genrehistoire.revues.org/255
Pham Thanh Nghien manifestant chez elle : “Les Paracels et les Spratleys appartiennent au Viêt-Nam, enlevons la langue de boeuf chinoise [en forme de U sur la mer orientale], protégeons la patrie.NB. Article revu et corrigé le 08/03/2013 à 22h00.
[ndlr] Notre ami Nguyen Tan Hung, passionné par l’histoire et la culture de son pays, s’intéresse également aux langues régionales minoritaires. Il invite ici les lecteurs de Mémoires d’Indochine à voyager dans la Haute Région, à travers quelques photographies prises en 2011, au sein d’une école des Dao rouges. Nous le remercions chaleureusement pour son aimable autorisation. Texte introductif de Philippe Le Failler (EFEO), photos et légendes de Nguyen Tan Hung.
« Dans la province de Lào-Cai vivent plus de 80.000 Dao (Yao) répartis sur 500 villages et 8 districts, soit 13% de la population. À ce titre, ils constituent un des groupes ethniques les plus importants de la province, un des plus dynamiques aussi du point de vue économique. On distingue ici trois branches, les Dao Đỏ (Dao rouges), les Dao Quần Trắng (“Dao à pantalons blancs”) et les Dao Tuyển (Dao Làn Tiẻn). Toutes ces communautés conservent des manuscrits anciens usant de caractères chinois, prononcés en langue Dao, auxquels s’ajoutent des caractères créés par les Dao pour des termes qui leurs sont propres. Il faut noter que, parmi les 17 groupes ethniques de la province, et si l’on omet les Vietnamiens Kinh et ceux d’origine chinoise, les Dao sont le seul groupe possédant une tradition écrite affirmée. […]
[Les] livres, manuels taoïstes, précis de médecine traditionnelle, de géomancie, épopées, etc. constituent un patrimoine en péril que les autorités provinciales ont pris l’initiative de préserver. En 2006, un programme de récolement a donc été créé par M. Trần Hữu Sơn, directeur du service culturel de la province de Lào-Cai, Philippe Le Failler du centre de l’EFEO au Vietnam et Bradley Davis de l’Université de l’état de Washington, à Seattle. […] 11614 textes ont été répertoriés dont plus de 1000 ont été archivés sous forme numérique… » (Philippe Le Failler, Lettre de l’AFRASE 2011).
Parallèlement, des écoles ont été créées par des « maîtres » (des volontaires) pour apprendre aux jeunes générations cette écriture que peu de Dao connaissent maintenant.
Ci-dessous, quelques photos que j’ai prises en octobre 2011 d’une école au village Tả Phìn, près de Sa Pa. Les élèves, très motivés, doivent souvent parcourir de longs kilomètres à travers la montagne pour y accéder.
[ndlr] Annonce de la disparition de la grande chanteuse Hà Thị Cầu, spécialiste de l’art traditionnel du “chant des aveugles”. L’article paru dans Vietnam + est suivi du film de Lương Đình Dũng réalisé en 2011 sur cette artiste authentique.
Hà Thi Câu, une figure qui a contribué à la renaissance de l’art traditionnel hat xâm (chant des aveugles), s’est éteinte dimanche à l’âge de 96 ans dans son village natal de Quang Phuc, commune de Yên Phong, district de Yên Mô, province de Ninh Binh (Nord).
Il serait impossible de parler de cet art au Vietnam sans mentionner son nom. Élue artiste populaire par l’Association des lettres et des arts folkloriques du Vietnam, artiste émérite par l’État, lauréate du Prix Dào Tân, Hà Thi Câu appartient à une famille dont trois générations se sont consacrées au hat xâm avant elle.
Une belle voix naturelle, une viole à deux cordes et des claquettes, à huit ans, elle commence déjà à arpenter les marchés en chantant pour gagner de quoi vivre. Et pour l’anecdote, si ses parents et son époux étaient aveugles, elle voyait parfaitement.
Nghệ nhân: Hà Thị Cầu
Đạo diễn: Lương Đình Dũng
Biên kịch: Bùi Huy Đông
Quay phim: Trịnh Quang Tùng
Dựng phim: Phạm Thị Hảo
Âm thanh: Hoàng Thu Thủy
Họa sỹ: Trần Hoài Nam
Ánh sáng: Lê Văn Sơn
Giám đốc sản xuất: Trần Mạnh Thắng
Giám Sát sản xuất: Ngô Văn Quán
Nhà tài trợ: Diep Bach Duong Company
Nhà sản xuất: Tứ Vân Media
Phim do Liên hiệp các Hội UNESCO Việt Nam, Trung tâm UNESCO Điện ảnh Phát triền, Hãng truyền thông Tứ Vân thực hiện.
[ndlr] Le site d’information Radio Free Asia (RFA) localisé aux Etats-Unis a répondu à la demande de ses lecteurs. Le site se présente aujourd’hui sous un nouveau format avec des photographies plus grandes, de nombreuses vidéos d’actualité et une navigation plus conviviale. Actuellement, les pages en anglais, en chinois, en coréen et en vietnamien ont été renovées, les autres suivront. A consulter régulièrement.
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A l’occasion de l’entrée dans l’année du Serpent d’eau, Virtual Saigon a inauguré la base Buildings.
Celle-ci rassemblera à terme les principaux bâtiments de la ville depuis sa création jusqu’à aujourd’hui mais pas seulement.
La base “Buildings” contient toute iconographie qui illustre le construit de la ville que ce soit le bâti, la statuaire ou les parcs.
Ainsi, elle permet à l’utilisateur de retrouver sur les notices les différentes fonctions et appellations du “construit” du Saigon pré-colonial à la mégapole d’aujourd’hui ainsi que les coordonnées SIG utilisées pour la création de nouvelles cartes thématiques.
Le projet étant évolutif et collaboratif, la base sera régulièrement alimentée.
[ndlr] Alors que l’Etat-Parti vietnamien a engagé une consultation populaire pour recueillir les avis sur la révision attendue de la constitution, de plus en plus de voix s’élèvent pour exiger l’abolition de l’article 88 du Code pénal. Nguyen Huong, la compagne de Nguyen Tien Trung, cet étudiant de l’INSA de Rennes condamné en janvier 2010 à sept années de prison, la militante d’Amnesty International Kaylee Dolen et la réalisatrice Ela Gancarz ont lancé le “Project 88” qui vise à défendre la liberté d’expression en RSVN. Nous reproduisons ci-après la profession de foi de cette initiative qui internationalise un peu plus la question des droits élémentaires des citoyens vietnamiens. La présentation du Project 88 est suivie par le clip vidéographique d’Ela Gancarz publié le 17 février dernier sur ce nouveau site.
It’s the 21st century. We who live in free societies often take for granted our democratic freedoms. Some of us don’t even know that in many countries in the world people still continue to struggle for their basic civic rights.
In the Socialist Republic of Vietnam there are hundreds of prisoners of conscience who have been detained only because their political opinions are different from the dominant ideology of the regime. The one-party state continues to deprive its citizens of their human freedoms, introducing rigid laws and employing capital punishment.
The 88 Project aims to support freedom of expression and peaceful political dissidence in Vietnam. It takes its name, the number 88, from one of the repressive provisions of Vietnam’s criminal code that are routinely used to persecute innocent people.
In addition to sharing information about peaceful activism, the 88 Project supports digital media productions promoting freedom of expression and sensitivity to civil rights issues.
The 88 Project takes its name from one of the repressive provisions of Vietnam’s criminal code that are routinely used to persecute innocent people. Article 88 makes it a crime to “propagate” against the Socialist Republic with imprisonment sentences ranging from three to twenty years.
There are many other articles that have been employed to imprison hundreds of peaceful activists in Vietnam. Under article 79 of the criminal code, those who form or join organizations “with intent to overthrow the people’s government” even face capital punishment. Reporters without Borders also noted the government’s systematic use of conspiracy theories and article 79 to arrest dissidents.
Article 87 is one of a whole chapter of “national security” provisions in the Vietnamese criminal code. It is often used against minorities, especially those engaged in peaceful demonstrations. The Vietnamese regime was many times pressed to revise the provision which criminalize the legitimate exercise of human rights.
The number “88″, expressed in the project’s logo as two handcuffs, became a symbol of all Vietnamese repressive laws and provisions. The initial idea of the logo comes from the movie poster for “88 – The Repression Of Cyber Dissidents”, designed by Ela Gancarz and Huong Nguyen.
Publiée le 17 févr. 2013
A short documentary about Vietnamese journalists and artists jailed for posting articles on their blogs, writing songs, or simply expressing their points of view through art.
This is a nonprofit production for The 88 Project (www.the88project.com) – a special online initiative for freedom of expression in Vietnam.