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Extraits choisis de témoignages d’engagés et d’un journaliste chinois au Viêt-Nam

Extraits choisis de témoignages d’engagés et d’un journaliste chinois

traduction de Joachim Boittout

(ENS de Lyon)

 

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Xing Zhiyuan (1er à gauche) en mai 1965 accompagné des reporters du Journal de la Libération © Lao zhaopian

Mes deux voyages au Vietnam

 Xing Zhiyuan

 

Première partie, l’année 1965

La passe de l’amitié est le symbole de l’amitié sino-vietnamienne et le principal couloir par lequel la Chine assistait sans compensation le Vietnam en lui fournissant des ressources humaines et matérielles – civiles et militaires – considérables.

Comme d’un commun accord, les combattants et les cadres, emplis d’une ferveur internationaliste et d’un noble héroïsme révolutionnaire inébranlable, regardèrent en même temps leur montre afin de se souvenir à jamais de cet instant solennel [celui où ils franchissent la frontière et entrent au Vietnam].

C’est l’affection profonde du peuple vietnamien à l’égard des troupes chinoises qui m’a le plus marqué après notre entrée au Vietnam. Lorsque nos troupes passèrent dans la ville frontière vietnamienne, des femmes et des enfants se pressaient des deux côtés de la route ; ils portaient des vêtements neufs, et, le visage éclairé d’un large sourire, acclamaient notre arrivée avec ardeur.

[…] Le vieil homme pris le pinceau pour tracer un commentaire ; il ne parlait pas chinois mais connaissait des caractères et gratifia l’œuvre du peintre d’un « aussi vivant que l’original », suscitant immédiatement mon plus grand respect. Un grand nombre d’évènements comparables me firent ressentir avec acuité l’amitié sino-vietnamienne, dont on peut dire que les racines sont profondes et l’histoire lointaine.

Nous avions la peau noircie par le soleil de plomb qui brillait alors, et transpirions à grosses gouttes. Nos uniformes imbibés de sueur à longueur de journée moisissaient rapidement, si bien qu’un grand nombre d’entre nous développèrent des dermatoses qui les démangeaient atrocement. Les nuits étaient légèrement plus fraîches, mais il fallait alors se prémunir contre les assauts des serpents vénéneux, des scolopendres, des sangsues et des moustiques porteurs de maladies.

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L’auteur (1er sur la gauche) en février 1979 accompagné d’un commissaire politique, d’un officier et d ‘un soldat. Photo prise à Cao Bang © Lao zhaopian

Seconde partie, le conflit sino-vietnamien de février 1979

Depuis 1975 le Nord Vietnam avait libéré le Sud Vietnam et réalisé l’unité nationale ; afin d’imposer une hégémonie régionale, les autorités vietnamiennes appliquèrent des politiques de lutte et d’expulsion antichinoises. Animées d’un nationalisme étroit, elles mirent à la porte et poussèrent hors des frontières les chinois et les chinois d’outre-mer qui avaient largement contribué au développement économique de la région et à la résistance anti-américaine au Nord et au Sud du pays. Ils renvoyèrent ainsi 270.000 chinois en Chine, et en poussèrent quelques 100.000 autres à prendre la mer que leur errance au gré des flots conduisit en telle ou telle terre, déclenchant ainsi le phénomène qui choqua le monde entier, connu sous le nom de « boat people ». Les dirigeant Vietnamiens estimaient qu’après dix ans de troubles, la Chine était affaiblie et n’avait aucun moyen de riposter, aussi ordonnèrent-ils l’établissement de garnisons à la frontière sino-vietnamienne, tout en n’ayant de cesse de susciter des différends frontaliers, de massacrer les populations frontalières chinoises, et d’accaparer notre territoire. Ils prirent les conseils et la conciliance dont la Chine fit preuve pour un aveu de faiblesse et n’eurent de cesse de nous défier. Rien que dans l’année 1978, les troupes vietnamiennes pénétrèrent à plusieurs reprises en Chine et tuèrent plus de trois cent militaires et civils sur la frontière, appelant à « une guerre à grande échelle ».

[Les chinois d’outre-mer] s’étaient battus avec ardeur et avaient versé leur sang dans la lutte contre l’envahisseur américain pour la libération du Sud, et voilà qu’aujourd’hui ils ne possédaient même plus la moindre parcelle de terre au Vietnam. Face au grand nombre de défis insensés dont faisait preuve l’armée vietnamienne, notre armée ne put se contenir […].

À la différence de la campagne menée contre les États-Unis afin de porter assistance au Vietnam quelques dix ans auparavant, nous ne vîmes pratiquement pas l’ombre d’un Vietnamien lors de l’avancée de nos troupes. Les autorités leur avaient strictement interdit d’entrer en contact avec nous, et avaient chassé les populations  dans les forêts des zones montagneuses et dans les cavernes ; placées sous la surveillance de l’armée, elles ne pouvaient regagner leurs familles.

Réf. :  “Mes Deux voyages au Vietnam” est extrait du volume n°17 de la revue Lao zhaopian, paru en janvier 2001 (pp. 6-13), édité par Feng Keli.

 


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Soldats chinois à 19km de Pa Tan (province de Lai Chau au Viêt-Nam) © Lao zhaopian

Le jour tenu secret

 Chen Junkang

 

[…] Le voyage à Pékin de Hô Chi Minh [avait] transformé la myriade d’hommes des troupes chinoises en combattants internationalistes, qui se ruèrent en terre étrangère pour « porter assistance au Vietnam et lutter contre les États-Unis » comme on disait alors.

La tâche principale de notre unité était de se rendre à Diên Biên Phu pour couvrir l’unité de génie qui subissait alors le déferlements des assauts des avions ennemis ; cette unité devait alors réparer de toute urgence la route n°20 qui traversait le Laos et reliait le Sud du Vietnam.

Par un soleil de plomb sur la route de montagne sinueuse, écrasés par la chaleur, nous ne rencontrions quasiment aucun Vietnamien. Au début, après avoir franchi la frontière nous étions toujours à la recherche de quelque spectacle extraordinaire en cette terre étrangère si bien que lorsque nous apercevions des bornes kilométriques en langue étrangère sur le bord de la route, les compagnons d’armes revêtus d’un uniforme de l’armée nord-vietnamienne arrêtait la voiture pour se rassembler autour de celle-ci et en faire une photographie.

La fréquence des bombardements menés par l’armée américaine s’intensifiait de sorte que nous pouvions voir à tout moment sur notre route les vastes cratères laissés par les bombes ennemies. Les ponts étaient presque tous détruits […].

Le matin du 9 septembre 1967, des dizaines d’avions de chasse américains bombardèrent à tour de rôle nos pièces de DCA, imposant leur supériorité à l’artillerie chinoise qui venait alors d’entrer au Vietnam. La formation de F105 descendait en piqué pour lâcher ses bombes. C’était la première bataille que livrait l’unité depuis son entrée au Vietnam […].

[…] À cette époque c’est la Chine qui alimentait de façon continue le Vietnam en produits de consommation courante, qui constituaient une grande partie de ceux utilisés par les Vietnamiens, témoignage de la présence réelle du grand frère chinois à leurs côtés.

En ce temps là, de sérieuses divergences idéologiques séparaient les partis communistes chinois et russe ce qui rendait la position du Vietnam, pris en étau entre ces deux grands frères, fort délicate. La révolution battait son plein en Chine, et le Président de la République Populaire, Liu Shaoqi, avait subi critiques et attaques, ce qui intriguait les troupes vietnamiennes. Lorsqu’ils nous arrivaient d’avoir des interactions, nous les menions avec la plus grande prudence.

Réf. : “Le jour tenu secret” est extrait du volume n°10 de la revue Lao zhaopian, sorti en février 2003 (pp. 58-65), édité par Wang Jiaming.

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Souvenir du Viêt-Nam. L’auteur (au 2e rang et dernier sur la droite)
au sein d’un groupe de soldats chinois et vietnamiens © Lao zhaopian

 


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Meng Xiangwen au Viêt-Nam dans une zone qui fut inspectée par Ho Chi Minh © Lao zhaopian

1967 : Assister le Vietnam et lutter contre les Américains

Meng Xiangwen

La plupart étaient de nouvelles recrues que le combat emplissait d’ardeur. Chacun avait écrit une lettre de détermination, d’aucuns s’étaient même mordu la main pour les écrire avec leur propre sang. Tous manifestaient leur détermination à remplir leur mission au péril de leur vie, désireux de faire honneur à leur pays. L’expression « faire honneur à son pays » était employée à dessein, car l’URSS avait également envoyé des unités au Nord Vietnam chargées d’assurer la défense antiaérienne (les unités envoyées étaient des sections équipées de missiles téléguidés, des engins plus modernes que les nôtres ; en outre, la majeure partie d’entre elles étaient en garnison sur des zones particulièrement exposées). Les relations sino-soviétiques s’étaient détériorées et les armées des deux pays profitaient en secret de leur présence au Vietnam pour rivaliser de puissance, afin d’apparaître sous leur meilleur jour et de gagner les faveurs du Vietnam. C’est à cet effet que nos dirigeants avaient insisté à maintes reprises sur le fait qu’en arrivant au Vietnam nous aurions à livrer deux batailles : la première militaire, avec l’armée américaine, la seconde politique avec les troupes soviétiques.

Une autre raison expliquait que nos défaites initiales : avant que le commandant ne donne un ordre, il fallait lire un passage des Propos de Mao Zedong ; je me souviens que les phrases qu’on récitait le plus souvent étaient les suivantes : « ne pas se lancer dans une bataille sans l’avoir préparée »  ou  « appliquons-nous à anéantir l’envahisseur ». Parfois, avant même que le commandant n’ait donné l’ordre d’ouvrir le feu, on entendait le bruit des avions ennemis qui passaient. Après quelques leçons [tirées des Propos Mao Zedong] et avec l’accord des supérieurs nous cessâmes de réciter ces phrases. Durant l’été, nous abattîmes successivement plusieurs avions ennemis, ce qui combla d’aise les Vietnamiens. Le président Hô Chi Minh vint personnellement sur notre front en inspection et pour nous redonner courage.

Au Vietnam, la Chine et l’URSS livraient chacun la guerre de leur côté, les zones qu’elles défendaient étaient séparées, et les deux armées n’entretenaient pratiquement aucun relation. Mais lorsqu’ils leur arrivaient de se croiser par hasard, il se passait des choses fâcheuses. Il paraît qu’un véhicule de l’unité de DCA qui nous précédait tomba un jour nez à nez avec un autre véhicule des troupes soviétiques le long de la route n°1. Chacun voulait passer avant l’autre, si bien que la situation se tendit singulièrement, et l’on en vint aux armes. La Chine eut l’avantage sur l’URSS dans cet accrochage, aussi les Russes allèrent-ils se plaindre auprès du gouvernement vietnamien pris en tenaille entre ses deux grands-frères. Il lui était malaisé de se prononcer en faveur de l’un ou de l’autre si bien qu’il dut se contenter d’apaiser la situation.

Réf. : “Porter assistance au Vietnam et lutter contre les États-Unis” a été publié dans le n°5 de la revue Lao zhaopian (pp. 9-14), édité par Wang Jiaming.

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Certificat de décoration décerné à l’auteur et signé le 17 mars 1968 par Pham Van Dong, premier ministre de la RDVN
© Lao zhaopian

Textes traduits du chinois par Joachim Boittout, à lire en regard du CR de lecture publié (le 19 mars 2013) sur Mémoires d’Indochine Vivre la guerre, raconter la guerre : l’engagement de l’Armée Populaire de Libération chinoise aux côtés du Nord-Vietnam de 1965 à 1967 et en 1979 vu par ses acteurs”.

Accords de Paris, tournant décisif de la lutte anti-américaine [Vietnam +]

Le chef de la délégation du Vietnam auprès de l’Unesco, l’ambassadeur Duong Van Quang.
(Source: AVI)

[ndlr] A l’occasion du 40e anniversaire de l’Accord de Paris, le 27 janvier 1973, retour sur le rôle important du “front diplomatique” dévéloppé par Hanoi pendant la guerre du Viêt-Nam.

La signature des Accords de Paris a constitué un tournant décisif qui a ouvert le chemin aux événements suivants, en réunissant toutes les conditions en matière stratégique, politique, diplomatique et militaire en faveur du soulèvement et de l’offensive générale de 1975.

Des propos tenus par le chef de la délégation du Vietnam auprès de l’Unesco, ambassadeur Duong Van Quang, lors d’une interview récemment accordée au correspondant de l’Agence vietnamienne d’Information (AVI) à l’occasion du 40e anniversaire de ces accords historiques, le 27 janvier 1973, qui ont permis de mettre un terme à l’intervention militaire américaine au Vietnam.

Selon le diplomate, qui a été chercheur en relations internationales et directeur de l’Académie diplomatique du Vietnam, ces accords «ont montré la pertinence de la décision stratégique prise par le Vietnam consistant à progresser étape par étape pour enfin aboutir à une victoire totale sur l’ensemble des trois fronts : politique, diplomatique et militaire».

Le Vietnam devrait suivre strictement le principe dit «vừa đánh vừa đàm», c’est-à-dire se battre tout en négociant, car il ne pouvait vaincre les Etats-Unis d’un seul coup, a-t-il poursuivi. «Nous devions trouver la meilleure façon de combattre et de l’emporter», a-t-il expliqué, ajoutant qu’à l’époque : «Le fait que le Vietnam ait su transformer la diplomatie en front était une vraie innovation».

«La diplomatie vietnamienne a montré son rôle actif et contribué fortement à mettre fin à la guerre d’une manière plus favorable».

«Le Vietnam a réussi à mener une campagne pour encourager le soutien des pays du camp socialiste dans sa lutte contre l’agression américaine. L’injustice de la guerre américaine a fait que le Vietnam est parvenu à bâtir un front populaire mondial contre les impérialistes américains. Une autre innovation de la diplomatie vietnamienne, où le rôle de la diplomatie populaire s’est fait valoir», a estimé M. Quang, affirmant que le facteur déterminant de la victoire de 1975 était la politique d’indépendance, de souveraineté menée par le Vietnam au cours de sa lutte pour la libération.

Il a souligné que sous le prisme du Vietnam, Paris constituait un lieu favorable aux négociations. La ville disposait à l’époque d’une communauté vietnamienne dont nombre aidaient avec enthousiasme les délégations de la République démocratique du Vietnam et du Front national de libération du Vietnam.

Le Parti communiste français a apporté des aides considérables, surtout dans le regroupement des forces politiques et des peuples soutenant la lutte vietnamienne. Il était, de surcroît, la passerelle entre la France et le Vietnam, puisqu’à cette époque, les deux pays n’avaient pas encore établi leurs relations diplomatiques.

Dans le même temps, le Vietnam a profité du rôle des médias, si influent à Paris, pour informer le monde de sa cause lorsque la guerre au Vietnam occupait une part importante des actualités internationales, particulièrement durant la dernière phase des négociations de Paris.

L’ambassadeur Duong Van Quang a également rappelé la signification très importante des Accords de Paris, qui règlementaient la politique, les forces politiques, l’élection générale et la formation des administrations au Sud du Vietnam, préalables à la victoire finale de 1975. – AVI (Agence Vietnamienne d’Information – 9 janvier 2013).

Source : Vietnam +, 09/01/2013.

Tuyên ngôn độc lập nước Việt Nam Dân Chủ Cộng Hòa – Hà Nội 2/09/1945

Source : vietstamp.net

[ndlr] Le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh, au nom du gouvernement provisoire, décrète l’indépendance du pays et proclame officiellement la fondation de la République Démocratique du Viêt Nam (RDVN).

Le texte de la proclamation originale en langue vietnamienne est présenté ci-dessous puis dans une version audio-visuelle sur You Tube suivie de la prestation de serment sur la place Ba Dinh.

 

Hỡi đồng bào cả nước,

“Tất cả mọi người đều sinh ra có quyền bình đẳng. Tạo hóa cho họ những quyền không ai có thể xâm phạm được; trong những quyền  ấy, có quyền được sống, quyền tự do và quyền mưu cầu hạnh phúc”.

Lời bất hủ ấy ở trong bản Tuyên ngôn độc lập năm 1776 của nước Mỹ. Suy rộng ra, câu ấy có ý nghĩa là: tất cả các dân tộc trên thế giới đều sinh ra bình đẳng; dân tộc nào cũng có quyền sống, quyền sung sướng và quyền tự do.

Bản tuyên ngôn nhân quyền và dân quyền của cách mạng Pháp năm 1791 cũng nói: “người ta sinh ra tự do và bình đẳng về quyền lợi, và phải luôn luôn được tự do và bình đẳng về quyền lợi”.

Đó là những lẽ phải không ai chối cãi được.

Thế mà hơn tám mươi năm nay, bọn thực dân Pháp lợi dụng lá cờ tự do, bình đẳng, bác ái, đến cướp đất nước ta, áp bức đồng bào ta. hành động của chúng trái hẳn với nhân đạo và chính nghĩa.

Về chính trị, chúng tuyệt đối không cho nhân dân ta một chút tự do dân chủ nào.

Chúng thi hành những luật pháp dã man. Chúng lập ba chế độ khác nhau ở trung, nam, bắc để ngăn cản việc thống nhất nước nhà của ta, để ngăn cản dân tộc ta đoàn kết.

Chúng lập ra nhà tù nhiều hơn trường học. Chúng thẳng tay chém giết những người yêu nước thương nòi của ta. Chúng tắm các cuộc khởi nghĩa của ta trong những bể máu.

Chúng ràng buộc dư luận, thi hành chính sách ngu dân.

Chúng dùng thuốc phiện, rượu cồn để làm cho nòi giống ta suy nhược.

Về kinh tế, chúng bóc lột dân ta đến tận xương tủy, khiến cho dân ta nghèo nàn, thiếu thốn, nước ta xơ xác, tiêu điều.

Chúng cướp không ruộng đất, hầm mỏ, nguyên liệu.

Chúng đặt ra hàng trăm thứ thuế vô lý, làm cho dân ta, nhất là dân cày và dân buôn, trở nên bần cùng.

Chúng không cho các nhà tư sản ta ngóc đầu lên. Chúng bóc lột công nhân ta một cách vô cùng tàn nhẫn.

Mùa thu năm 1940, phát-xít Nhật đến xâm lăng Đông – dương để mở thêm căn cứ đánh đồng minh, thì bọn thực dân Pháp quỳ gối đầu hàng, mở cửa nước ta rước Nhật. Từ đó dân ta chịu hai tầng xiềng xích: Pháp và Nhật. Từ đó dân ta càng cực khổ, nghèo nàn. kết quả là cuối năm ngoái sang đầu năm nay, từ Quảng trị đến Bắc kỳ hơn hai triệu đồng bào ta bị chết đói.

Ngày 9 tháng 3 năm nay, Nhật tước khí giới của quân đội Pháp. Bọn thực dân Pháp hoặc bỏ chạy hoặc đầu hàng. Thế là chẳng những chúng không “bảo hộ” được ta, trái lại, trong 5 năm, chúng dã man bán nước ta hai lần cho Nhật.

Trước ngày mồng 9 tháng 3, biết bao lần Việt minh đã kêu gọi người Pháp liên minh để chống Nhật. Bọn thực dân Pháp đã không đáp ứng, lại thẳng tay khủng bố Việt minh hơn nữa.

Thậm chí đến khi thua chạy, chúng còn nhẫn tâm giết nốt số đông tù chính trị ở Yên bái và Cao bằng.

Tuy vậy, đối với nước Pháp, đồng bào ta vẫn giữ một thái độ khoan hồng và nhân đạo. Sau cuộc biến động ngày mồng 9 tháng 3, Việt minh đã giúp cho nhiều người Pháp chạy qua biên thùy, lại cứu cho nhiều người Pháp ra khỏi nhà giam Nhật, và bảo vệ tính mạng và tài sản cho họ.

Sự thật là từ mùa thu năm 1940, nước ta đã thành thuộc địa của Nhật, chứ không phải thuộc địa của Pháp nữa. Khi Nhật hàng Đồng minh thì nhân dân cả nước ta đã nổi dậy giành chính quyền lập nên nước Việt Nam Dân chủ Cộng hòa.

Sự thật là dân ta đã lấy lại nước Việt Nam từ tay Nhật, chứ không phải từ tay Pháp.

Pháp chạy, Nhật hàng, vua Bảo Đại thoái vị. dân ta đã đánh đổ các xiềng xích thực dân gần một trăm năm nay để gây dựng nên nước Việt Nam độc lập. Dân ta lại đánh đổ chế độ quân chủ mấy mươi thế kỷ mà lập nên chế độ dân chủ cộng hòa.

Bởi thế cho nên, chúng tôi, lâm thời chính phủ của nước Việt Nam mới, đại biểu cho toàn dân Việt Nam, tuyên bố thoát ly hẳn quan hệ thực dân với Pháp, xóa bỏ hết những hiệp ước mà Pháp đã ký về nước Việt Nam, xóa bỏ tất cả mọi đặc quyền của Pháp trên đất nước Việt Nam.

Toàn dân Việt Nam, trên dưới một lòng, kiên quyết chống lại âm mưu của bọn thực dân Pháp.

Chúng tôi tin rằng các nước đồng minh đã công nhận những nguyên tắc dân tộc bình đẳng ở các hội nghị Tê-hê-răng và Cựu-kim-sơn, quyết không thể không công nhận quyền độc lập của dân Việt Nam.

Một dân tộc đã gan góc chống ách nô lệ của Pháp hơn tám mươi năm nay, một dân tộc đã gan góc đứng về phe đồng minh chống phát-xít mấy năm nay, dân tộc đó phải được tự do! dân tộc đó phải được độc lập!

Vì những lẽ trên, chúng tôi, Chính phủ lâm thời của nước Việt Nam Dân chủ Cộng hòa, trịnh trọng tuyên bố với thế giới rằng:

Nước Việt Nam có quyền hưởng tự do và độc lập, và sự thật đã thành một nước tự do, độc lập. Toàn thể dân tộc Việt Nam quyết đem tất cả tinh thần và lực lượng, tính mạng và của cải để giữ vững quyền tự do, độc lập ấy.

Source : Tuoi Tre Oline

* * *

Déclaration d’indépendance de la République démocratique du Viêt-Nam – Hanoi, 2 septembre 1945

Le 2 septembre 1945, Hô Chi Minh, au nom du gouvernement provisoire, décrète l’indépendance du pays et proclame officiellement la naissance de la République Démocratique du Viêt Nam (RDVN).

« Tous les hommes naissent égaux. Le Créateur nous a donné des droits inviolables, le droit de vivre, le droit d’être libres et le droit de réaliser notre bonheur. »

Cette parole immortelle est tirée de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique en 1776. Prise dans un sens plus large, cette phrase signifie : tous les peuples sur la terre sont nés égaux ; tous les peuples ont le droit de vivre, d’être heureux, d’être libres.

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de la Révolution française de 1791 proclame également : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »

Ce sont là des vérités indéniables.

Et pourtant, pendant plus de quatre-vingts années, les colonialistes français, abusant de drapeau de la liberté de l’égalité, de la fraternité, ont violé notre terre et opprimé nos compatriotes. Leurs actes vont directement à l’encontre des idéaux d’humanité et de justice.

Dans le domaine politique, ils nous ont privés de toutes les libertés.

Ils nous ont imposé les lois inhumaines. Ils ont constitué trois régimes politiques différents dans le Nord, le Centre et le Sud du Viet Nam pour détruire notre unité nationale et empêcher l’union de notre peuple.

Ils ont construit plus de prisons que d’écoles. Ils ont sévi sans merci contre nos patriotes. Ils ont noyé nos révolutions dans les fleuves de sang. Ils ont jugulé l’opinion publique et pratiqué une politique d’obscurantisme. Ils nous ont imposé l’usage de l’opium et de l’alcool pour affaiblir notre race.

Dans le domaine économique, ils nous ont exploités jusqu’à la moelle, ils ont réduit notre peuple à la plus noire misère et saccagé impitoyablement notre pays.

Ils ont spolié nos rizières, nos mines, nos forêts, nos matières premières. Ils ont détenu le privilège d’émission des billets de banque et le monopole du commerce extérieur.

Ils ont inventé des centaines d’impôts injustifiables, acculé nos compatriotes, surtout les paysans et les commerçants, à l’extrême pauvreté.

Ils ont empêché notre bourgeoisie nationale de prospérer. Ils ont exploité nos ouvriers de la manière la plus barbare.

En automne 1940, quand les fascistes japonais, en vue de combattre les Alliés, ont envahi l’Indochine pour organiser de nouvelles bases de guerre, les colonialistes français se sont rendus à genoux pour leur livrer leur pays.

Depuis, notre peuple, sous le double joug japonais et français, a été saigné littéralement. Le résultat a été terrifiant. Dans les derniers mois de l’année passée et le début de cette année, du Quang Tri au Nord Viet Nam, plus de deux millions de nos compatriotes sont morts de faim.

Le 9 mars dernier, les Japonais désarmèrent les troupes françaises. Les colonialistes français se sont enfuis ou se sont rendus. Ainsi, bien loin de nous « protéger » en l’espace de cinq ans, ils ont par deux fois vendu notre pays aux Japonais.

Avant le 9 mars, à plusieurs reprises, la Ligue Viet Minh a invité les Français à se joindre à elle pour lutter contre les Japonais. Les colonialistes français, au lieu de répondre à cet appel, ont sévi de plus belle contre les partisans du Viet Minh. Lors de leur débandade, ils sont allés jusqu’à assassiner un grand nombre de prisonniers politiques incarcérés à Yen Bay et à Cao Bang.

Malgré tout cela, nos compatriotes on continué à garder à l’égard des Français une attitude clémente et humaine. Après les événements du 9 mars, la Ligue Viet Minh a aidé de nombreux Français à passer la frontière, en a sauvé d’autres de prisons nippones et a protégé la vie et les biens de tous les Français.

En fait, depuis l’automne de 1940, notre pays a cessé d’être une colonie française pour devenir une possession nippone.

Après la reddition des Japonais, notre peuple tout entier s’est dressé pour reconquérir sa souveraineté nationale et a fondé la République démocratique du Viet Nam.

La vérité est que notre peuple a repris son indépendance des mains des Japonais et non de celles des Français.

Les Français s’enfuient, les Japonais se rendent, l’empereur Bao Dai abdique. Notre peuple a brisé toutes les chaînes qui ont pesé sur nous durant près d’un siècle, pour faire de notre Viet Nam un pays indépendant.

Notre peuple a, du même coup, renversé le régime monarchique établi depuis des dizaines de siècles, pour fonder la République démocratique.

Pour ces raisons, nous, membres du gouvernement provisoire, déclarons, au nom du peuple du Viet Nam tout entier, nous affranchir complètement de tout rapport colonial avec la France impérialiste, annuler tous les traités que la France a signés au sujet du Viet Nam, abolir tous les privilèges que les Français se sont arrogés sur notre territoire.

Tout le peuple du Viet Nam, animé d’une même volonté, est déterminé à lutter jusqu’au bout contre toute tentative d’agression de la part des colonialistes français.

Nous sommes convaincus que les Alliés qui ont reconnu les principes de l’égalité des peuples aux conférences de Téhéran et de San Francisco, ne peuvent pas ne pas reconnaître l’indépendance du Viet Nam.

Un peuple qui s’est obstinément opposé à la domination française pendant plus de quatre-vingts ans, un peuple qui, durant ces années, s’est résolument rangé du coté des Alliés pour lutter contre le fascisme, ce peuple a le droit d’être libre, ce peuple a le droit d’être indépendant.

Pour ces raisons, nous, membres du gouvernement provisoire de la République démocratique du Viet Nam, proclamons solennellement au monde entier :

Le Viet Nam a le droit d’être libre et indépendant et, en fait, est devenu un pays libre et indépendant. Tout le peuple du Viet Nam est décidé à mobiliser toutes ses forces spirituelles et matérielles, à sacrifier sa vie et ses biens pour garder son droit à la liberté et à l’indépendance.

Hanoi, le 2 septembre 1945.

Ho Chi Minh, président.

Référence :

Extrait de : Ruscio, Alain, Hô Chi Minh, Textes 1914 – 1969, Paris : L’Harmattan, 1990. 231 p.

Source : CVCE

Voir aussi : Digithèque MJP

Nord Viêt-Nam – décembre 1972 : quelle victoire et pour qui ?

La campagne de bombardement du Nord Viêt-Nam (principalement à Hanoi et Haiphong) au mois de décembre 1972, affublée de cette dénomination cynique de “bombardements de Noël”, fit, selon les estimations occidentales, plus d’un millier de victimes civiles et 1600 selon Hanoi. Dans un article du 28/12/2012, le site vietnamien de la BBC pose cette question toujours sujette à discussion : “Hanoi a abattu combien de B-52 ?” (Hà Nội bắn rơi bao nhiêu B-52?). En effet, la question n’est pas réglée entre les différentes versions avancées par la presse en RSVN et aux Etats-Unis. Si ce détail est important pour la vérité historique, il l’est peut être moins que les conséquences de cette opération militaire qui incita fortement les deux parties, pour des raisons différentes, à retourner à la table des négociations à Paris pour tenter de mettre un terme à la guerre.

Le très officiel site du PCV diffusait en 2004 ses propres chiffres et selon lui, du 18 au 30 décembre 1972, 81 avions américains dont 34 B52 avaient été abattus pendant ces douze jours d’enfer [1]. Cette campagne intitulée du côté de la RDVN le “Dien Bien Phu aérien”, en souvenir de la cuisante défaite française du 7 mai 1954, est présentée comme une victoire incontestable qui “a contribué à obliger les impérialistes américains à signer les Accords de Paris de janvier 1973 et à se retirer du Sud Viêt-Nam”. Alors que le chiffre de 34 B52 était habituellement admis et répété sur les médias communistes vietnamiens, le 19 décembre 2010, le site de l’Armée populaire publiait une évaluation à la baisse affirmant que le Nord Viêt-Nam “avait abattu en douze jours et nuits (du 18 au 29 décembre 1972), 23 B52 et fait prisonnier de nombreux aviateurs américains” [2]. La polémique n’est donc pas tant sur les chiffres que sur l’interprétation et l’exploitation à faire de cette action militaire américaine. Dans les deux cas, il s’agit d’une “victoire politique et militaire”.

Dans un article (sans commentaires) illustré de panneaux commémoratifs et “pédagogiques” paru le 28 novembre 2012 dans le journal Dât Viêt, les chiffres de 4025 victimes tuées et de 3327 blessés étaient avancés avec un nombre record de 100.000 tonnes de bombes versées sur le Nord Viêt-Nam à ce moment là. Un second panneau rappelait que 5480 maisons, 24 écoles et 5 hôpitaux et de nombreux autres lieux clés de la ville (pagodes, théâtres…) avaient été totalement détruits par les bombardements (voir ci-dessous) [3]. Autant dire que la pression venue du ciel était très forte si l’on considère ces chiffres avec sérieux. A la suite de l’importante Offensive de Pâques (Chiến dịch Xuân hè 1972) contre la République du Viêt-Nam au Sud du 17e Parallèle, les forces de l’Armée populaire de la RDVN étaient très affaiblies. Elles avaient entre le 30 mars et le 22 octobre 1972 essuyé d’énormes pertes en hommes et en matériel et l’Etat-major nordiste avait notamment sous-estimé la capacité du Sud à résister et à reprendre l’initiative sur son territoire grâce à l’intervention massive de l’aviation américaine.

Du côté américain, l’opération militaire intitulée “Linebacker II” fut déclenchée en décembre et dura 11 jours et non douze (the 11- Day War). Elle fait suite à une première “Linebacker I” déclenchée à partir de mai 1972 pour tester la défense aérienne nord-vietnamienne et répondre à l’Offensive de Pâques menée par la RDVN contre le Sud. Selon la BBC, l’opération de décembre coûta la vie à huit aviateurs américains, tués ou blessés en vol, mais 25 disparurent, 33 furent faits prisonniers et 26 furent récupérés et sauvés. Au total, 15 B52 furent abattus. Sur 741 vols raids aériens, 729 furent accomplis et 12 raids abandonnés [4]. Aucune raison n’est donnée sur ces abandons. De même que pour la RDVN, cette campagne est présentée par les Etats-Unis comme une victoire militaire qui força les dirigeants du Nord Viêt-Nam à retourner à la table des négociations alors dans l’impasse. Le 8 janvier 1973, les deux parties se retrouvèrent effectivement à Paris pour poursuivre les discussions engagées sur la fin de la guerre alors même que les relations entre Henry Kissinger et le gouvernement de Saigon étaient très tendues. La République du Viêt-Nam (Sud) redoutait à juste titre que le retour hâtif des forces américaines sans réelle contrepartie pour le Nord ne précipitât l’invasion programmée du Sud par Hanoi.

Les deux parties nord-vietnamiennes et américaines, “victorieuses”, se mirent d’accord pour sceller le sort de Saigon le seul vrai perdant des Accords de Paris de janvier 1973. Hanoi pouvait maintenir et renforcer secrètement son soutien à son bras politique et armé au Sud (GRP et FNL-Sud Viêt-Nam), les soldats américains pouvaient se retirer “dans l’honneur” et au bénéfice de la “vietnamisation”, la République du Viêt-Nam était censée survivre dans un rapport de force désormais inégal. Le 30 avril 1975, les chars nord-vietnamiens entraient dans Saigon après trente années d’acharnement politique et militaire, d’offensives sanglantes et de campagnes meurtrières, de combats fratricides, dans le but de réunifier le Viêt-Nam sous l’égide du seul vainqueur totalitaire pour une “victoire totale” (toàn thắng) qui se voulait totalisante et définitive.

François Guillemot, 29/12/2012. D’après les deux articles de la BBC.

Notes

[1] Thượng tá Trần Việt Anh, Trận Điện Biên Phủ trên không, 14/10/2004 (Viện Lịch sử quân sự Việt Nam biên soạn). Article rédigé par l’Institut d’Histoire militaire du Viêt-Nam.

[2] Đỗ Sâm, Hà Nội 12 ngày đêm “Điện Biên Phủ trên không”, QĐND – Chủ Nhật, 19/12/2010.

[3] “Điện Biên Phủ trên không: Phục dựng hình ảnh B-52, SAM-2, MiG-21”, Báo Đất Việt, 28/11/2012.

[4] “North Vietnam, 1972: The Christmas bombing of Hanoi”, BBC Magazine, 24/12/2012. (voir extrait et lien ci-dessous)

 

* * *

North Vietnam, 1972: The Christmas bombing of Hanoi

The biggest ever bombing campaign by US B-52 aircraft took place over Christmas 40 years ago, when the US dropped 20,000 tonnes of explosives on North Vietnam. More than 1,000 Vietnamese died, but the assault may have helped bring about the peace deal signed a month later.

Operation Linebacker II was President Richard Nixon’s attempt to hasten the end of the Vietnam War, as the growing strength of the Viet Cong caused heavy casualties among US ground troops.

The capture and torture of downed airmen in the north, regularly paraded on television, was also an embarrassment for Washington. Nixon was under pressure to bring the troops home.

At the same time, long-running negotiations in Paris between the warring parties had broken down.

The relationship between American negotiator Henry Kissinger and the government in the south was strained, while Le Duc Tho – representing the northern Communist government – was refusing to budge on the issue of prisoner releases. So the Americans decided to take decisive action.

Read more / Lire la suite : BBC Magazine, 24/12.2012.

Ecouter le témoignage de Ha Mi : Vietnam Christmas Bombing, 26/12/2012.

Những “Vệ út” : Les enfants-soldats de Ho Chi Minh au début de la guerre d’Indochine

Lors des soixante jours de résistance à Hanoi entre le 19 décembre 1946 et le 17 février 1947, une “force spéciale” agissait aux côtés des troupes de l’armée régulière de la RDVN. Elle était constitué d’enfants d’à peine dix ans, ceux que l’on appelait alors affectueusement les “Vệ út”, les “cadets des Forces d’Autodéfense”.

Cet aspect peu connu de la résistance vietnamienne a été révélé en décembre 2006 à l’occasion du soixantième anniversaire du déclenchement de la guerre. L’emploi des enfants dans la résistance fut également mentionné dans les mémoires de Vo Nguyen Giap. L’historien Christopher Goscha a souligné l’utilisation de ces “recrues intéressantes” pour le Viêt-Minh à Hanoi et Saigon et en a rappelé les limites. [1]

Jusqu’à aujourd’hui peu de recherches se sont intéressées spécifiquement aux rôles des enfants dans la guerre d’Indochine puis plus tard lors de la guerre du Viêt-Nam de quelque bord qu’ils fussent. Il est vrai que cet aspect de la guerre nécessite un accès aux archives et à défaut la construction d’un corpus de témoignages vérifiés et solides. Qui étaient-ils ? Combien étaient-ils ? Que faisaient-ils ? Comment se comportaient-ils face au feu ? Une série d’articles parus en 2006 dans le journal Tuổi Trẻ [Jeunesse] revenait sur le destin (côté RDVN) de quelques-uns de ces survivants d’une époque qui façonna leur destin. [2]

Source : www.vnmilitaryhistory.net

“Qui étaient-ils ?” est la première question qui vient à l’esprit. Il s’agissait la plupart du temps d’enfants pauvres, d’orphelins, de petits vendeurs de rues (de journaux ou de sandwiches), de cireurs de chaussures qui passaient leurs journées dans les rues d’Hanoi pour trouver de quoi survivre et se nourrir. De nombreux orphelins ayant survécu à la terrible famine de l’hiver 1944-1945 avaient été poussés dans le hameau des travailleurs pauvres de Phuc Tân, Phuc Xa aux abords du Fleuve rouge. A cette époque la langue de terre de Phuc Tân, longeant le Fleuve rouge, rassemblait plus d’une centaine de paillotes branlantes qui abritaient les travailleurs pauvres mais également des dizaines d’enfants abandonnés ou malchanceux. Tous les “gavroches” de la ville trouvaient là un refuge et un peu de réconfort. Des liens d’amitié se nouèrent, des destins communs pouvaient s’épauler. Puis la guerre arriva à grands pas. Et le 19 décembre Phu Tân s’embrasait.

Pour empêcher le Viêt-Minh de se ravitailler, les forces du CEFEO incendièrent ce quartier de misère sans en mesurer les conséquences. Des dizaines de jeunes furent immanquablement pris dans le cercle de la guerre. Ces enfants quittèrent leur Phu Tân en feu pour investir la capitale. Dans l’autre sens, les citoyens de Hanoi cherchaient à fuir par tous les moyens vers les provinces adjacentes de Nam Dinh, Ha Nam, Ninh Binh… Quant aux “poussières de vie” de Hanoi, elles se retrouvèrent aux barricades dressées par les Forces d’Autodéfense et, de fait, furent associées à la résistance. Jeune agent de liaison de 11 ans, l’ancien “cadet” Nguyen Van Phuc expose ses motivations :

“La chose extraordinaire est que moi et de nombreux autres gamins de mon âge qui tentions d’échapper à l’évacuation se retrouvèrent là à participer à la résistance. Notre objectif étaient vraiment simple : rester pour frapper ceux qui avaient brûlé nos maisons à Phuc Tân” [3].

L’idée d’en découdre prévalait sans mesurer véritablement ce que comportait cet engagement sur les premières lignes comme le rappelle Nguyen Van Hieu : “Nous étions encore trop petits pour comprendre que la guerre et la mort se cotoyaient de très près” [4].

Những Vệ út trong mùa đông 1946 – Ảnh tư liệu.
Source : http://www.vnmilitaryhistory.net

Mais à Hanoi, la situation devint intenable pour le Viêt-Minh lorsque la voie secrète pour le ravitaillement fut découverte. Il fallut penser à évacuer. Un accord fut trouvé avec les consuls chinois, britannique et américains pour respecter avec les Français une trève de ving-quatre heures permettant l’évacuation des civils chinois, hindous et vietnamiens de la ville. Vo Nguyen Giap rappelle cet épisode dans La résistance encerclée :

Le haut commandement décida de laisser dans l’interzone I une petite unité de cinq cents combattants sélectionnés. La plupart de nos forces devant être évacuées avec les civils pendant la trève. Toutefois, après l’évacuation, selon le rapport du PC du régiment, notre effectif sur place était encore de mille deux cents combattants, dont deux cents femmes et soixante quinze enfants. Nous n’avions pas compté ceux qui, éludant le recensement sélectif, étaient décidés à continuer le combat dans l’interzone. [5]

Autant dire que ceux qui restèrent faisaient figure de volontaires de la mort car les bombardements de l’aviation et de l’artillerie françaises reprirent avec plus d’intensité pour anéantir les dernières poches de résistance du Viêt-Minh.

Evalués à plus de 175, les enfants-soldats de Ho Chi Minh des premiers temps de la résistance servaient comme agents de liaison entre les unités Viêt-Minh, comme éclaireurs logés sur les toits des maisons pour surveiller l’avancée des troupes françaises, comme agents de ravitaillement ou de renseignement. Si peu prirent les armes (elles-mêmes en nombre réduit), certains possédaient des grenades et beaucoup se sacrifièrent lors des durs combats urbains. Peu à peu, ces enfants furent intégrés dans l’armée régulière (Ve Quoc Quan) principalement en tant qu’agents de liaisons. Ils furent pris en main politiquement et militairement dans les détachements de jeunesse du Viêt-Minh. Lors de l’évacuation de la ville en février 1947, ils furent regroupés à Dai Thu dans la province de Thai Nguyên comme le souligne Dang Van Tich :

“Les cadets d’Autodéfense suivirent leurs ainés lors du repli du Régiment de la Capitale. En arrivant à Thai Nguyên, le groupement des cadets qui ne comptaient plus qu’environ 120 enfants fut rassemblé en deux compagnies. Ce fut l’unique chance pour que tous les cadets ayant participé aux 60 jours de résistance puissent faire connaissance” [6].

Nhạc sĩ quyết tử quân Lương Ngọc Trác với các em Vệ út Trang Công Lũy (phải), 10 tuổi và Phạm Đình Luận (trái), 9 tuổi – những chú bé liên lạc gan dạ trên chiến lũy Liên khu 1.

Un ouvrage illustré, rassemblant 145 photographies, a été publié en 2006 par l’ancien “cadet d’Autodéfense” Dang Van Tich mais la vie quotidienne de ces 175 enfant-soldats pris dans le feu de la guérilla urbaine de 1946 puis dans la longue guerre de trente ans restent encore méconnus. Les journalistes Tran Dinh Tu et Lam Hoai ont commencé à lever le voile sur le destin de quelques-uns de ces survivants, engagés bon gré mal gré dans une aventure guerrière qu’ils ne pouvaient imaginer aussi longue et déterminante pour leur pays.

François Guillemot, 20/12/2012.

Notes :

[1] Christopher E. Goscha, Vietnam, un Etat né de la guerre 1945-1954, Paris, Armand Colin, 2011, pp. 145-146.

[2] Voir les liens aux 6 articles en vietnamien ci-dessous : “Những Vệ út trên chiến hào vệ quốc”. Christopher Goscha s’appuie sur ces documents pour retracer l’histoire des “Vê ut”, voir Vietnam, un Etat né de la guerre, pp. 157-159.

[3] TRẦN ĐÌNH TÚ, “Những Vệ út trên chiến hào vệ quốc“, Tuổi Trẻ, 11/12/2006.

[4] TRẦN ĐÌNH TÚ, “Những “Gavroche” Hà thành“, Tuổi Trẻ, 11/12/2006.

[5] Vo Nguyen Giap, Mémoires 1946-1954. Tome 1 :  La résistance encerclée, Fontenay-sous-Bois, Anako Editions, coll. Grands Témoins, 2003, p. 53.

[6] TRẦN ĐÌNH TÚ, “Những “Gavroche” Hà thành“, art. cit.

Pour en savoir plus :

  • La série de six articles parus en 2006 sur Tuổi Trẻ : “Kỷ niệm 60 năm ngày Toàn quốc kháng chiến (19-12-1946 – 19-12-2006)”

Những Vệ út trên chiến hào vệ quốc

>> Kỳ 1: Tuổi thơ dữ dội
>> Kỳ 2: Những “Gavroche” Hà thành
>> Kỳ 3: Nữ Vệ út và báu vật 60 năm
>> Kỳ 4: Tiểu đội nhí và “chiến thuật xe bò”
>> Kỳ 5: Người chép sử Vệ út

>> Kỳ 6: Cô đầu phố Khâm Thiên

  • Nguyễn Trọng Hàm, Đặng Văn Tích, Hoàng Kim Đáng (biên soạn), Quyết tử để Tổ Quốc quyết sinh, Hà Nội : Nhà xuất bản Quân đội nhân dân, 2005.

Hồ Chí Minh : Appel à la résistance nationale – Lời kêu gọi toàn quốc kháng chiến [20 décembre 1946]

[ndlr] Le 19 décembre 1946 et les jours suivants la bataille fait rage à Hanoi. La résistance antifrançaise de la Garde Nationale (Vệ Quốc Quân) et des Forces d’Autodéfense (Tự vệ) de la République Démocratique du Viêt-Nam (RDVN) est déclenchée sous le mot d’ordre “La patrie avant tout” (Tổ quốc trên hết). La jeune république dirigée par Ho Chi Minh entre dans une période de guerre et de grande incertitude.

En tant que Président de la RDVN, Ho Chi Minh lance un appel à la résistance nationale lors de ces journées décisives. La date de cet appel fut communément divulguée dans les écrits officiels édités en langues étrangères par le régime comme étant le 20 décembre. Le document d’archives de cet appel présenté en 2010 par les Archives Nationales du Viêt-Nam (Centre n°III) indique celle du 19 décembre. Celle-ci semble avoir été rajoutée par Ho Chi Minh lui-même qui date et signe le document après y avoir apporté de menues corrections. [1]

[1] Voir “Tài liệu về Hà Nội lần đầu công bố”, VN Express, 18/8/2010.

* * *

Compatriotes dans tout le pays,

Par amour de la paix, nous avons fait des concessions. Mais plus nous en faisons, plus les colonialistes français en profitent pour empiéter sur nos droits. Leur intention évidente est de reconquérir à tout prix notre pays.

Non ! Plutôt tout sacrifier que perdre notre pays, que retomber dans l’esclavage !

Compatriotes ! Debout !

Que tous les Vietnamiens, hommes et femmes, jeunes et vieux, sans distinction de religion, de parti, de nationalité, se dressent, pour combattre les colonialistes français, pour sauver la patrie ! Entrez dans la lutte avec tous les moyens dont vous disposez. Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée. Et si l’on n’a pas d’épée, qu’on prenne des pioches et des bâtons ! Que chacun mette toutes ses forces à combattre le colonialisme pour sauver la patrie !

Combattants de l’armée régulière, des formations d’autodéfense, des milices populaires !

L’heure est venue de nous lever ! Nous devons sacrifier jusqu’à la dernière goutte de notre sang pour défendre le pays.

Dussions-nous subir les plus dures privations et les pires souffrances, soyons prêts à tous les sacrifices.

Nous vaincrons !

Vive le Viêt Nam indépendant et unifié !

Vive la résistance victorieuse !

Ho Chi Minh, 20/12/1946.

Source : Ho Chi Minh, Ecrits (1920-1969), Hanoi, Editions en Langues Etrangères, 1971, pp. 66-67.

Lời kêu gọi Toàn quốc Kháng chiến của Chủ tịch Hồ Chí Minh ngày 19/12/1946.
Ảnh: Trung tâm Lưu trữ Quốc gia III

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Hỡi đồng bào toàn quốc!

Chúng ta muốn hoà bình, chúng ta đã nhân nhượng. Nhưng chúng ta càng nhân nhượng, thực dân Pháp càng lấn tới, vì chúng quyết tâm cướp nước ta lần nữa!

Không! Chúng ta thà hy sinh tất cả, chứ nhất định không chịu mất nước, nhất định không chịu làm nô lệ.

Hỡi đồng bào!

Chúng ta phải đứng lên!

Bất kỳ đàn ông, đàn bà, bất kỳ người già, người trẻ, không chia tôn giáo, đảng phái, dân tộc. Hễ là người Việt Nam thì phải đứng lên đánh thực dân Pháp để cứu Tổ quốc. Ai có súng dùng súng. Ai có gươm dùng gươm, không có gươm thì dùng cuốc, thuổng, gậy gộc. Ai cũng phải ra sức chống thực dân Pháp cứu nước.

Hỡi anh em binh sĩ, tự vệ, dân quân!

Giờ cứu nước đã đến. Ta phải hy sinh đến giọt máu cuối cùng, để giữ gìn đất nước.

Dù phải gian lao kháng chiến, nhưng với một lòng kiên quyết hy sinh, thắng lợi nhất định về dân tộc ta!

Việt Nam độc lập và thống nhất muôn năm!

Kháng chiến thắng lợi muôn năm!

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Pour écouter l’appel