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André Menras : “Tâche d’huile” et “coups de bélier” – l’affaire de la plateforme de forage chinoise

Atelier de réflexion : les enjeux de la crise sino-vietnamienne.

Samedi 24 mai 2014. ENS de Lyon

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L’affaire de la plateforme de forage chinoise :

une nouvelle avancée dans la stratégie d’expansion en “tâche d’huile” et en “coups de bélier” pour annexer la mer du Sud-Est asiatique.

Par André Menras (Hồ Cương Quyết)

Chercheur indépendant

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André Menras à l’Institut d’Asie Orientale à Lyon © 2014 IAO

 

On ne peut pas comprendre la situation présente si l’on se confine à quelques évènements récents sous peine de considérer les affrontements actuels comme l’expression de “disputes” territoriales dans lesquelles les parties concernées seraient renvoyées dos à dos dans une confusion de responsabilité et de légitimité. Une telle neutralité poncepilatique exclurait toute possibilité de règlement équitable sans lequel la paix ne saurait exister et durer. L’examen chronologique des événements historiques marquants est absolument nécessaire, sinon suffisant, pour identifier les sources du conflit et leur expression actuelle afin de peser plus efficacement pour son règlement.

Tout au long de cette intervention je ne parlerai pas de Mer de Chine méridionale car ce géonyme attribué par les cartographes coloniaux et, à partir des années 60, repris dans une grande majorité des atlas, porte, innocemment ou non, une connotation malsaine sur le plan de la souveraineté. De “Mer de Chine” à “Mer de la Chine” il n’y a en effet qu’un petit mot à penser pour déposséder au profit de l’Empire les nations riveraines de cet espace maritime vital pour elles. Cette Méditerranée de l’Asie du Sud-Est n’est ni historiquement, ni juridiquement, ni dans la pratique ancestrale, un lac exclusivement chinois. Elle est le bien commun des nations qui la bordent et de la communauté internationale qui en emprunte le passage avec une fréquence sans cesse accrue.

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1°) Chronologie de l’annexion chinoise de l’archipel des Paracels

L’examen détaillé des dates historiques depuis la période précoloniale jusqu’ à aujourd’hui révèle clairement la naissance puis la montée en puissance des appétits chinois sur Les Paracels et au-delà, en passant par l’annexion totale de l’Archipel jusqu’à l’installation actuelle de la plateforme de forage dans la zone économique exclusive du Vietnam.

A) Durant la période précoloniale, l’An Nam a édifié sur l’archipel une souveraineté incontestée.

Depuis les seigneurs Nguyen, en 1702, la première brigade de Hoang Sa (alors appelé Cat Vang) est constituée avec 70 jeunes hommes du village de An Vinh (dont les descendants vivent toujours à Ly Son) pour, sous les ordres des seigneurs se rendre chaque année dans l’archipel, y récupérer des restes d’épaves, et en ramener des produits de la mer. Avec les empereurs Nguyen la tradition se continue et se développe.

  • 1816 : Gia Long déclare les droits souverains de l’empire d’An Nam [Viêt Nam] sur l’archipel appelé alors “Cat Vang “.
  • 1833-1836 : Ming Mang ordonne l’érection d’un temple, la construction d’une stèle de souveraineté et la plantation d’arbres.
  • 1867 : Tu Duc décerne le titre de héros à des “binh si”, soldats de la mer, ayant péri dans leur périple vers Hoang Sa… Autant d’actes étatiques cohérents et annuels de la part de l’empire d’An Nam [Dai Nam] qui justifient pleinement droit à souveraineté. Sans aucune contestation de la part de quelque autre État.

B) Première période coloniale jusqu’au début du XXème siècle : La Chine reconnaît implicitement cette souveraineté.

  • 1884 : traité de Hue. “La France s’engage à garantir l’intégrité des États de SM. Le roi d’An Nam”. Et donc des Paracels. La même année édition d’une carte chinoise de “l’empire unifié ” dont le point le plus austral est la pointe sud de l’île d’Hai Nan. Elle ne comprend donc pas Les Paracels.
  • 1885 : traité franco-chinois de Tianjin. La Chine renonce à toute prétention de suzeraineté sur l’An Nam et donc sur les Paracels.
  • 1906 : édition d’un manuel national d’enseignement de la géographie : le “Zhong guo dilixue giao keshu”. La limite australe de l’empire est toujours l’île d’Hai Nan.

C) Première période coloniale jusqu’en 1945 : naissance des appétits chinois.

  • 1909 : débarquement de 24h des troupes de l’Amiral Li Zhu sur l’île de Pattle. Opération commanditée par le gouverneur du Guang xi-Guangdong.
  • 1925 : le Gouverneur Général d’Indochine annonce que l’Archipel est sous la souveraineté de l’An Nam sous protectorat français.
  • 1925-1936 : série d’articles d’Henri Cucherousset dans “L’Éveil économique de l’Indochine” qui proteste contre la “mollesse” des devoirs protecteurs de la France sur l’archipel.
  • 1931-1932 : la Chine adjuge l’exploitation du guano (phosphates) sur l’archipel à des particuliers. Protestation officielle française.
  • 1937-1939: détachement de gardes coloniaux dépêché sur Pattle pour y construire un phare, une station météo, une station TFS et y dresser une stèle portant l’inscription “République française-Royaume d’An Nam-Archipel des Paracels : 1816-île de Pattle 1938”.

D) Deuxième période coloniale jusqu’en 1954 : les appétits chinois deviennent prétentions souveraines naissantes.

  • 1945 : la Chine nationaliste reçoit mission de désarmer les Japonais au nord du 16ème parallèle.
  • 1947 : les troupes de Chang Kaï-chek débarquent sur les Paracels orientales. La France envoie un détachement militaire qui prend garnison sur Pattle et demande un arbitrage international. Refus de la Chine. La même année, apparition de la première ligne en U en 11 traits, matérialisant les prétentions souveraines chinoise sur 80% de la mer du Sud Est asiatique.
  • 1950 : la Chine évacue sa garnison de l’île boisée. Le contrôle de l’archipel est officiellement remis à l’empereur Bao Dai.
  • 1951 : conférence de San Francisco. Les Paracels et les Spratleys abandonnées par les Japonais, ne sont attribuées à personne. L’URSS propose de les placer sous la souveraineté de la Chine de Mao. Proposition rejetée à l’écrasante majorité. Le ministre des Affaires étrangères de Bao Dai réaffirme la souveraineté du Vietnam. Silence de la France.
  • 1954 : Accords de Genève. Toutes les îles passent sous l’administration de la République du Sud Vietnam. Pas de protestation de la Chine présente lors des négociations.

E) L’après Genève jusqu’au départ des Américains : la violence du fait accompli.

  • 1956 : retrait des Français et relève par les troupes de la République du Viêt-Nam sur Pattle et le groupe du croissant (Sud-ouest de l’archipel). Les troupes de la République populaire de Chine débarquent discrètement sur la partie orientale (Amphitrite) et ne la quitteront plus.
  • 1958 : note diplomatique du Premier ministre de la RDVN Pham Van Dong qui “enregistre et approuve” une déclaration de la RPC fixant à 12 milles nautiques la limite des eaux territoriales de la Chine. Pékin utilise encore aujourd’hui cette note pour étayer son argumentation de souveraineté.
  • 1974 : la marine de guerre chinoise s’empare de la totalité de l’archipel. 64 morts vietnamiens. La 7ème flotte US à proximité, appelée au secours par son allié sud-vietnamien, ne réagit pas. L’observateur de la République du Viêt-Nam à l’ONU demande un examen de la question par le Conseil de Sécurité. Sans succès. Aucun soutien des USA ni de la France.
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19 janvier 2014 : commémoration du 40e anniversaire de la bataille des Paracels © 2014 Tin Tuc Hang Ngay

F) L’après 1974 jusqu’en 2009 : consolidation de la base de Hoang Sa, légitimation et nouveaux coups de force.

  • 1982 : Convention de Montego Bay sur le droit à la mer signée et ratifiée par la Chine et le Vietnam : “Aucun État ne peut légitimement soumettre une partie de la Haute mer à sa souveraineté”.
  • 1988 : coup de force sanglant à Gac Ma (Johnson reef). 74 morts vietnamiens de la République Socialiste du Vietnam.
  • 1992 : la Chine octroie à la compagnie US Crestone Energy une concession d’exploitation située dans la ZEE du Vietnam.
  • 1989-1995 : occupation par la Chine de récifs et d’îlots supplémentaires dont celui de Panganaban reef (Mischief reef) dans la ZEE des Philippines.
  • 2002 : signature de la “Déclaration de (bonne) conduite” (DOC), gentlemen agreement, entre la Chine et les pays de l’ASEAN. “…Ne pas faire usage de la force ou de menace pour régler les différents ; ne pas compliquer la situation par de nouvelles édifications…” Début d’une campagne chinoise de menaces et de chantage pour dissuader les compagnies pétrolières étrangères de coopérer avec le Vietnam et les Philippines dans les ZEE de ces pays.
  • 2007 : loi chinoise instituant la ville de “Tam Sa” dépendant de Hai Nan et basée à Phu Lâm (Paracels).
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“Ensemble exploitons et protégeons la mer et les îles du Viêt-Nam”

G) A partir de 2009, accélération de l’escalade et de sa légitimation.

  • 2009 : en mars, L’USNS américain “Impeccable” se voit barrer la route au large d’Hai Nan par des bâtiments de la flotte chinoise. Avril : à Quinddao, grand show international de la puissance militaire navale chinoise. Mai : note diplomatique chinoise au secrétaire général de l’ONU en réaction au dépôt de l’acte de souveraineté du Vietnam et de l’acte conjoint que ce pays a déposé avec la Malaisie. La Chine y affirme ses prétentions souveraines matérialisées par la ligne en U en 9 traits (ou langue de boeuf) englobant 80% de l’espace maritime et la totalité des archipels de la mer du Sud-Est asiatique. Du 16 mai au 1er août : Pékin décrète unilatéralement l’interdiction de pêcher dans la zone. Octobre : sommet de l’ASEAN en Thaïlande. La Chine refuse d’aborder de façon multipartite la question des différends en Mer du Sud-Est asiatique. Décembre : Pékin annonce sa décision de “développer le tourisme sur une grande échelle” dans la zone en U. L’assemblée nationale adopte la loi sur “la protection et le développement des îles”.
  • 2011 : en mai, agression sur le “Binh minh 02” navire d’exploration sismique de la compagnie PetroVietnam, en ZEE du Vietnam. Septembre : agression sur le “Viking”, autre navire vietnamien de prospection, dans la ZEE du Vietnam.
  • 2012 : sommet de l’ASEAN. La Chine fait pression sur le Cambodge, alors président, pour empêcher un communiqué commun en faveur d’un “Code de conduite” ayant force de loi en mer du Sud-Est asiatique. Avril-mai : affrontement de 3 semaines avec Les Philippines à Scarborough shoal (archipel des Spratleys) en ZEE des Philippines. Juillet : la Chine fait élire le Président de “Tam Sa” et installe un centre de communication satellitaire 3G sur l’île de Phu Lam. Août : vingt-trois-mille chalutiers chinois partent de Quang Dong et Hai Nan pour aller pêcher en mer du Sud-Est asiatique. Création aux Paracels d’une unité militaire de l’APL à l’échelle d’une division pour la “zone de défense de Tam Sa” comme “un appareil pour gouverner la mer”.
  • 2013 : en juin, édition du livre “Ville de Tam Sa, Chine : Histoire, ressources et rôle dans la défense nationale”. Novembre : zone d’Identification aérienne crée par la Chine dans la Mer dite de Chine orientale, vis à vis du Japon. Le Japon et les 10 pays de l’ASEAN se déclarent d’accord pour “coopérer davantage afin de garantir la liberté de survol et la sécurité de l’aviation civile”.
  • 2014 : en janvier, décret de la province de Hai Nan qui exige une autorisation pour tout chalutier “étranger” en activité dans la zone en U, sous peine de fortes amendes et de sanctions allant jusqu’ à la confiscation du chalutier et la comparution devant un tribunal chinois. Mai : implantation d’une plateforme de forage géante (HD 981) en pleine ZEE du Vietnam. Affrontements au large de l’île Tri Tôn (archipel de Hoang Sa) 10 policiers de la marine vietnamienne blessés, 4 bâtiments vietnamiens éperonnés et endommagés, un chalutier vietnamien coulé.
MerAsieDuSudEst
Le tracé en rouge de la “langue de bœuf chinoise” sur 80% de l’espace maritime

2°) Lignes de force de la stratégie expansionniste de Pékin

  • 1°) Dans ce “going out” annexionniste vers le Sud maritime, Pékin a commencé par le plus proximal : Les Paracels.
  • 2°) A partir de cette base qu’elle consolide, elle jette des ponts vers de nouvelles bases, par tache d’huile ou par coups de force ponctuels, à l’intérieur des ZEE des nations riveraines qu’elle veut transformer en “zones disputées”.
  • 3°) Toutes ces actions sont basées sur la violence militaire et sur la surprise. Aucun des traités ou accords signés aussi bien sur le plan international que sur le plan local ne sont respectés.
  • 4°) Au niveau tactique, Pékin utilise toujours des périodes de vide ou de faiblesse de puissance pour porter de nouveaux coups. (départ des colonialistes français en 1956, départ des USA en 1974, faiblesse de la RSVN privée du soutien de l’URSS dès la fin des années 70, faiblesse relative des USA, malgré leur politique de “pivot” vers la zone Pacifique-Asie… Faiblesse économique de l’Europe demandeuse de contrats chinois provisoirement salvateurs).
  • 5°) Sa tactique diplomatique et économique est toujours celle de la division. Par gratifications ou par rétorsions économiques. Le refus d’arbitrage international ou de discussion multilatérale est une constante historique de sa diplomatie.

3°) Responsabilités et dette de la communauté internationale

  • a) L’État colonialiste français a d’une certaine façon aidé l’An Nam a se libérer de l’emprise chinoise et a assimiler des “territoires sans maître” (dans les Spratleys ) dont le Vietnam a hérité au titre de l’ “Uti Possidetis Suis”. Mais, d’un autre côté, il a quelquefois aiguisé les appétits chinois en oubliant ou trahissant les intérêts de l’État “protégé” pour ses propres visées à court terme. “Les Paracels pourraient constituer une matière de marchandage ou une contre-partie à des concessions (avec la Chine) de notre part sur d’autres points” (lettre du 20 mars 1930 de P. Pasquier, Gouverneur général de l’Indochine au ministre des colonies). Il en est de même du mutisme de la France lors de la Conférence de San Francisco en 1951 et lors de l’invasion chinoise des Paracels en 1974…
  • b) Les USA, administration Nixon-Kissinger : abandon total lors de l’invasion chinoise de 1974. Mutisme de la 7ème flotte à proximité. Kissinger : “La position des USA est de ne pas soutenir les prétentions de souveraineté vietnamiennes sur les îles.” (Foreign relations of the United States 1969-1976; Volume VIII; China 1973-1976: Document 66).
  • c) Aujourd’hui. Toutes proportions gardées, l’Histoire a déjà connu des dictatures ponctuellement puissantes en quête d’ “espace vital”. Le traité de Munich en 1938 a montré l’illusion qui consiste à acheter la paix à de tels régimes en abandonnant à leurs appétits des espaces souverains d’autres nations. Winston Churchill commentait ainsi ce genre d’abandon : “On nous a proposé la honte ou la guerre. Nous avons choisi la honte et nous avons eu la guerre”. Être neutre aujourd’hui, c’est faire respecter le droit international contre la politique de la canonnière. C’est aussi une façon de ne pas subir soi-même la loi du canon.
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Pêcheurs vietnamiens © TTXVN

4°) Les pêcheurs du Centre du Vietnam :

les droits de l’Homme s’arrêtent-ils où commence la mer ?

L’Histoire, c’est aussi la vie quotidienne des simples gens. Pour des dizaines de milliers de pêcheurs vietnamiens qui doivent aller gagner leur vie autour des îles Paracels, c’est une tragédie permanente car chaque sortie en mer peut être la dernière.

La plupart des informations concernant les agressions chinoises sur les pêcheurs sont de sources très officielles : Rapports du poste 328 des garde-côtes et du Comité populaire de district de Ly Son. Certaines informations proviennent aussi de journaux officiels vietnamiens (Tuoi Tre, Thanh Nien, Vietnam net, Phap luat, Dan tri, Saigon Tiep Thi, Lao Dong, et de la BBC). Ces statistiques sont cependant incomplètes car ces informations, jugées « sensibles » sont difficiles à obtenir de la part des autorités et les pêcheurs n’ont pas la liberté et l’organisation pour les communiquer. (Année 2008 par exemple.)

De 2002 à 2014, j’ai pu répertorier des centaines d’agressions. Environ 2000 pêcheurs en ont été victimes. 30 tués ou “disparus” par temps calme. 120 dont le chalutier a été éperonné et qui ont été sauvés in extremis. 500 emprisonnés sur l’île de Phu Lam de quelques jours à près de 2 mois et libérés contre rançon payée par la famille (7000 à 8000 USD). Matériel de pêche systématiquement détruit ou confisqué. Prise de pêche confisquée.

Voir en fin d’article le film documentaire “Hoang Sa Vietnam : La meurtrissure”. (film toujours interdit de projection au Vietnam).

Ces hommes et leurs familles sont les victimes d’une véritable politique terroriste qui vise à vider cette partie de la mer des pêcheurs vietnamiens absolument sans défense pour les remplacer par des pêcheurs chinois. Jusqu’ici les organisations internationales comme Amnesty international, interpellées pour réagir face à ces traitements inhumains, sont restées sans réaction. L’État du Vietnam non seulement ne protège toujours pas ses pêcheurs mais n’ose même pas les organiser pour faire un procès à la Chine devant le Tribunal international sur le droit à la mer…

Lyon, le 24 mai 2014

André Menras

Pour citer cet article :

Menras, André (30 mai 2014), « L’affaire de la plateforme de forage chinoise : une nouvelle avancée dans la stratégie d’expansion en “tâche d’huile” et en “coups de bélier” pour annexer la mer du Sud-Est asiatique », Mémoires d’Indochine [carnet de recherche] : https://indomemoires.hypotheses.org/15066 (Page consultée le …).

Laurent Gédéon : Mer de Chine méridionale – les racines géopolitiques de la crise

Atelier de réflexion : les enjeux de la crise sino-vietnamienne.

Samedi 24 mai 2014. ENS de Lyon

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Mer de Chine méridionale : les racines géopolitiques de la crise

Par Laurent Gédéon

Institut d’Asie Orientale

UMR 5062 – CNRS – Ecole normale supérieure de Lyon

Le contexte

Le 2 mai 2014, la République populaire de Chine (RPC) a implanté une plateforme de forage en mer de Chine méridionale, dans un secteur revendiqué par le Vietnam. Cette implantation a été à l’origine d’une crise aigüe entre Hanoi et Pékin, marquée par des incidents maritimes entre navires des deux pays et des manifestations antichinoises au Vietnam, certaines accompagnées de graves violences à l’encontre d’usines et d’ouvriers chinois.

Cette rivalité prend sa source en mer de Chine méridionale (figure 1), un espace maritime qui présente trois caractéristiques géopolitiques majeures. La première est liée à sa centralité géographique qui en fait un point de jonction entre Asie du Sud-Est insulaire et Asie du Sud-Est « continentale ». La seconde se rapporte au fait que, dans une région où la plupart des conflits frontaliers terrestres ont été résolus (avec toutefois quelques exceptions telles celle du temple de Preah Vihear qui oppose le Cambodge à la Thaïlande ou encore celle de la province de Sabah, sujette à une rivalité entre la Malaisie et les Philippines), cet espace reste un lieu de rivalités et d’affrontement. Enfin, la mer de Chine méridionale est traversée par une des voies maritimes (Sea lane of communication) les plus importantes de la planète, véritable cordon ombilical entre l’Asie du Nord-Est et le Moyen-Orient ainsi que l’Europe.

schina_sea_88Figure 1 : la mer de Chine méridionale et les archipels contestés

Source : The University of Texas Librairies

La plateforme chinoise, appelée « Haiyang Shiyou-981 », a été implantée à 15 degrés, 29 minutes 58 secondes de latitude Nord et 111 degrés 12 minutes 06 secondes de longitude Est, soit légèrement au sud de l’île de Tri Tôn (située à 15 degrés, 47minutes et 0 secondes Nord et 111 degrés, 12 minutes et 0 secondes Est). Cet îlot fait partie de l’archipel des Paracels (Xisha – 西沙 pour les Chinois et Hoàng Sa pour les Vietnamiens), archipel qui comprend des récifs ainsi qu’une quinzaine d’îles, l’ensemble couvrant une superficie de près de 15 000 km². Il se situe à équidistance (environ 450 km) du Vietnam et de la Chine.

Cet archipel fait l’objet de revendications de la part de trois acteurs distincts : la République populaire de Chine, Taiwan et le Vietnam. Les revendications de ces pays sont similaires, chacun revendiquant la totalité du territoire. La souveraineté effective y est assurée par la RPC depuis le 20 janvier 1974, date de l’expulsion des soldats sud-vietnamiens qui y étaient présents par les troupes chinoises.

Toutefois et bien que centrale dans la crise actuelle, la question des Paracels ne saurait être séparée de celle de l’archipel des Spratleys et, partant, de la question de la mer de Chine méridionale dans son ensemble.

L’archipel des Spratleys ou Spratly (Nansha – 南沙 en chinois, ou encore Trường Sa en vietnamien) comprend une centaine d’îles réparties sur près de 160 000 km². Il se situe à environ 550 km du Vietnam et à près de 1 500 km des côtes chinoises.

La situation y est encore plus complexe et tendue que dans les Paracels puisque pas moins de six pays le revendiquent, en totalité pour ce qui est de la RPC, du Vietnam et de Taiwan et en partie en ce qui concerne les Philippines, la Malaisie et Brunei. Les revendications chinoises et vietnamiennes concurrencent, de ce fait, les ambitions croisées de trois autres pays de l’ASEAN (figure 2).

Afin de donner du poids à leurs revendications respectives et d’éviter un scénario « à la Paracels », les acteurs du conflit ont pratiqué la politique du fait accompli en occupant militairement la quasi-totalité des îlots. C’est ainsi que le Vietnam est présent sur 27 d’entre eux, les Philippines sur 9, la République populaire de Chine en occupe également 9, la Malaisie 3, quant à Taiwan, il n’en occupe qu’un, celui d’Itu Aba qui est aussi le plus étendu.

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Figure 2 : Contentieux en mer de Chine méridionale

Source : Agence France Presse

Les enjeux

Les enjeux portant sur ces territoires insulaires sont divers mais ont peut globalement les réduire en trois catégories : enjeux politiques, enjeux économiques et enjeux géostratégiques.

Sur le plan politique, la question des archipels représente un indéniable enjeu interne pour les parties en présence, en particulier le Vietnam et la Chine car il permet de canaliser les dynamiques nationalistes dans un sens maîtrisé par les autorités. Les derniers événements survenus au Vietnam témoignent cependant du fait que des débordements sont toujours possibles avec des effets potentiellement beaucoup plus dévastateurs que prévu.

Les enjeux économiques, certainement les plus médiatisés, portent principalement sur les ressources halieutiques et les réserves en hydrocarbure de la région. Ils sont étroitement liés à la question de la définition de la zone économique exclusive (ZEE) des pays riverains dont le principe a été défini par la convention des Nations Unies sur le droit de la mer du 10 décembre 1982 (UNCLOS). Cette convention, également connue sous le nom de convention de Montego Bay, a été ratifiée par le Vietnam le 25 juillet 1994 et par la Chine le 7 juin 1996.

La ZEE, telle que définie par la convention, est large de 200 milles marins ; elle prolonge la mer territoriale (12 milles) ainsi que la zone contiguë (24 milles) (figure 3). On note que si les États ont juridiction sur cet espace, ils ne peuvent en principe, y entraver le passage des navires étrangers. Si la ZEE de chaque pays semble ainsi, de prime abord, clairement définie, la question du prolongement possible du plateau continental (jusqu’à 350 milles) apparaît comme un facteur de complexité voire de conflictualité supplémentaire. Ce dernier point est particulièrement vrai en ce qui concerne la partie ouest de la mer de Chine méridionale. Bien évidemment, ces différentes délimitations s’appliquent (avec certaines réserves) aux îles et îlots ce qui leur accorde une importance considérable et explique largement les rivalités intenses dont ils font l’objet.

Continental_shelf_definitionFigure 3 : les délimitations maritimes selon la convention de Montego Bay

Source : 2B1st Consulting

Il est cependant à noter que, pour la Chine, la question de la zone économique exclusive et celle du plateau continental ne se posent pas vraiment car elle revendique la totalité de la Mer de Chine Méridionale. L’espace maritime revendiqué par la RPC se superpose de ce fait aux ZEE des autres pays riverains et même, dans certains cas, à leurs mers territoriales. Il est délimité par la « ligne en neuf traits » (Nine Dash Line), également appelée « ligne en U » ou encore « langue de bœuf » (voir figure 1).

Outre les enjeux politiques et économiques, on peut identifier des enjeux stratégiques. Ces archipels exercent en effet plusieurs fonctions géostratégiques notamment celles de relais insulaire et de points de projection maritime. A ceci s’ajoute le fait que la mer de Chine méridionale représente le débouché est du détroit de Malacca, détroit dont l’importance géopolitique n’est plus à souligner et par lequel passe l’importante voie maritime internationale évoquée plus haut.

Les discours

L’analyse des discours émis par les acteurs montre qu’ils portent globalement sur trois registres :

Le registre de la légitimité historique. En effet, comme souvent dans les conflits d’antériorité, les acteurs cherchent à légitimer leur présence ou leurs revendications en s’appuyant sur des éléments historiques plus ou moins récents. Ces éléments sont fréquemment à l’origine des représentations les plus passionnées au sein des opinions publiques.

La légitimité juridique est également souvent invoquée en s’appuyant sur le droit international. La convention de Montego Bay apparaît à cet égard comme une référence incontournable notamment pour ce qui a trait à la définition de la ZEE de chaque État. Il faut cependant souligner que la Chine a établi son propre cadre juridique : c’est ainsi que les deux archipels des Paracels (Xisha) et des Spratly (Nansha) ont été intégrés administrativement à la province de Hainan le 13 avril 1988. L’Assemblée nationale de la RPC a ensuite voté une loi le 25 février 1992 plaçant les quatre cinquièmes de la mer de Chine méridionale sous la souveraineté de Pékin. Le texte réaffirme en outre l’appartenance au territoire chinois des cinq archipels des mers de Chine méridionale et orientale : Zhongsha (Macclesfield), Xisha, Nansha, Dongsha (Pratas) et Diaoyutai (Senkaku).

Cette position juridique chinoise est loin d’être simplement anecdotique. Même si cette décision est contestée par les acteurs régionaux, on ne peut que constater que la Chine monte régulièrement en puissance et devient, de ce fait, un acteur toujours plus agissant dans les relations internationales. Or ce sont ces acteurs qui pèsent sur l’évolution du droit international et c’est pourquoi la RPC peut tabler, à terme, sur une évolution du cadre juridique allant dans le sens de ses intérêts. Dans cette hypothèse, elle transformerait ainsi une situation de facto en situation de jure. C’est dans cette logique qu’il faut situer l’implantation des plateformes pétrolières chinoises, notamment celle de Haiyang Shiyou-981.

Bien évidemment, pour contrer une telle évolution, le Vietnam n’a de cesse, de manière inverse, de revendiquer ses droits sur la zone, y compris les Paracels dont il a été évincé depuis près de 40 ans.

Un dernier registre porte sur la légitimité géographique. Celle-ci est en effet parfois invoquée par les adversaires de la Chine pour lui dénier tout droit sur les Spratleys en raison de son éloignement considérable de l’archipel.

A ce stade et pour comprendre en profondeur les raisons de la conflictualité en mer de Chine méridionale, il est nécessaire de les rattacher à la question plus large de la stratégie maritime globale de la RPC.

La stratégie maritime chinoise

La montée en puissance économique de la Chine est inséparable de la dimension maritime. Le discours de Pékin est, à cet égard, dénué d’ambiguïté et lie étroitement sécurité nationale (notamment énergétique) et développement économique en particulier pour ce qui a trait à la sécurité énergétique. Or, il est clair que celle-ci nécessite la sécurisation des voies d’accès en particulier celle qui passe par la mer de Chine méridionale (figure 4). A ce facteur s’ajoute le fait que l’essentiel des importations et des exportations, vitales pour l’économie chinoise, s’effectue par voie maritime. La maîtrise des espaces marins, à tout le moins ceux par lesquels passent des routes maritimes stratégiques, apparaît donc fondamentale aux yeux de Pékin car elle garantit le maintien du développement économique du pays.

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Figure 4 : les flux d’hydrocarbures en mer de Chine méridionale

Source : US Energy Information Administration

Plus largement, il semble de plus en plus clair que la Chine ambitionne de développer progressivement son influence maritime. En témoigne la part du budget militaire allouée au développement de la marine chinoise, qui s’accroît d’année en année. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté politique sur le long terme qui a été explicitée par Hu Jintao dans le rapport d’activité qu’il a présenté le 8 novembre 2012 à l’occasion du 18ème Congrès du PCC. Or, on mesure que la montée en puissance de ce nouvel acteur maritime ne peut que le faire entrer en concurrence, à terme, avec les autres puissances maritimes existantes à commencer par les États-Unis.

Compte tenu de ce qui précède, on comprend que, contrairement aux autres acteurs concernés par la dispute des Spartleys et des Paracels, la République populaire de Chine intègre cette question dans la rivalité beaucoup plus large qui l’oppose aux Etats-Unis. On peut donc poser comme hypothèse que la récente montée de la conflictualité autour de la plateforme pétrolière Haiyang Shiyou-981 viserait, au-delà du seul Vietnam, à adresser un message aux Américains et à renforcer la position de Pékin dans le bras-de-fer qui l’oppose à Washington au sujet des espaces maritimes limitrophes de la RPC (figure 5).

1042-MerChineMeridionale-655Figure 5 : les zones maritimes revendiquées par la PRC

Source : Courrier International

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Pour citer cet article :

Gédéon, Laurent (29 mai 2014), « Mer de Chine méridionale : les racines géopolitiques de la crise », Mémoires d’Indochine [carnet de recherche] : https://indomemoires.hypotheses.org/15040 (Page consultée le …).

China’s Oil Rig Gambit: South China Sea Game-Changer? – by Carl Thayer

[ndlr] Suite de l’affaire de la Plateforme chinoise illégale HD 981. Analyse de l’expert australien Carl Thayer à lire sur The Diplomat.

HD981
© 2014 Thanh Niên

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China’s Oil Rig Gambit: South China Sea Game-Changer?

China’s placement of a state-owned oil rig in the South China Sea was unexpected, provocative and illegal.

China’s placement of the giant state-owned oil rig HD-981 in Block 143 inside Vietnam’s Exclusive Economic Zone (EEZ) on May 2 was unexpected, provocative and illegal.

This incident marks the first time China has placed one of its oil rigs in the EEZ of another state without prior permission. This was an unexpected move because China-Vietnam relations have been on an upward trajectory since the visit to Hanoi by Premier Li Keqiang in October. At that time, both sides indicated they had reached agreement to carry forward discussions on maritime issues. China’s move was also unexpected because Vietnam has not undertaken any discernible provocative action that would justify China’s unprecedented actions.

China’s deployment of the rig was provocative because the oil rig was accompanied by as many as 80 ships, including seven People’s Liberation Army Navy warships. When Vietnam dispatched Coast Guard vessels to defend its sovereign jurisdiction, China responded by ordering its ships to use water cannons and to deliberately ram the Vietnamese vessels. These actions were not only highly dangerous, but caused injuries to the Vietnamese crew.

Read more : The Diplomat, 12/05/2014.

Why Did China Set Up an Oil Rig Within Vietnamese Waters? – by Ankit Panda

[ndlr] Article de Ankit Panda publié dans The Diplomat d’aujourd’hui. Analyse des raisons qui ont poussé la Chine populaire à forer dans les eaux vietnamiennes. Pourquoi maintenant et pourquoi le Vietnam ? L’article est suivi de l’analyse lucide et détaillée du Viêt-Nam sur cette question (première partie de l’émission). Rappel des faits et du contexte international particulier, offrant l’occasion pour la Chine de tenter de modifier les rapports de force dans la région et d’affirmer son autorité sur les eaux contestées.

Navire de la Garde côtière chinoise attaquant un navire vietnamienne au canon à eau au large de la plate-forme HD 981 © 2014 Dan Tri
Navire de la Garde côtière chinoise attaquant un navire vietnamien au canon à eau au large de la plate-forme HD 981 © 2014 Dan Tri

Why Did China Set Up an Oil Rig Within Vietnamese Waters?

Why now and why Vietnam?

The who, what, where, when and how of China’s HD-981 oil rig foray into Vietnamese waters have been addressed comprehensively, both by commentators here at The Diplomat and elsewhere. The enduring question, as with many of China’s provocative actions in the Asia-Pacific, remains why? The opacity of China’s internal decision-making processes makes it rather difficult to conclusively answer that question, but a good amount of evidence suggests that the oil rig crisis with Vietnam was manufactured to test the mettle of ASEAN states and the United States. It gives Beijing an opportunity to gauge the international response to China asserting its maritime territorial claims.

As Carl Thayer points out on this blog and M. Taylor Fravel said in an interview with The New York Times, the China National Offshore Oil Company’s decision to move oil rig HD-981 was a premeditated move of territorial assertion. CNOOC may be a state-owned enterprise but the decision to move this $1 billion asset into an area with questionable hydrocarbon reserves while also inciting a diplomatic crisis speaks to the planned, political nature of this move. The fact that approximately 80 PLAN and Chinese coast guard ships accompanied the rig reinforces the notion that China was making a strategic push to assert its territorial claims in the region.

Read more : The Diplomat, 13/05/2014.

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L’analyse vietnamienne

Trung Quốc dùng giàn khoan 981 để thay đổi hiện trạng Biển Đông

Source : Clip VN

Paracels : Forage chinois contesté et regain de nationalisme vietnamien

Alors que se célèbre aujourd’hui 7 mai 2014 le 60e anniversaire la bataille de Dien Bien Phu, lors de laquelle les généraux vietnamiens bénéficièrent de la précieuse aide chinoise [1], les relations entre les deux pays communistes se sont subitement tendues à la suite des incursions répétées de la Chine populaire dans la zone maritime vietnamienne.

L’incident a débuté le 1er mai dernier lorsque la Chine a poussé ses bâtiments militaires à proximité des îles Paracels dans le but d’y faire fonctionner un puits de forage de pétrole au seul profit de la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC). On savait les Paracels sous contrôle militaire chinois et que la revendication des îlots vietnamiens perdus en 1974 était de pure forme mais l’implantation d’une structure pétrolière, baptisée Haiyang Shiyou 981 par Beijing et inaugurée en mai 2012, dans ce nouveau paysage contesté sonne comme une véritable provocation pour les autorités de Hanoi [2]. La réaction du Parti Communiste Vietnamien (PCV) ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Par la voix de Pham Binh Minh, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la RSVN, une protestation officielle a été émise le mardi 6 mai lors d’une conversation téléphonique avec Yang Jiechi, le conseiller d’État chinois.

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Position (carré noir) de la plateforme de forage chinois dans la zone maritime vietnamienne © 2014 Petrotimes

Le site officiel du PCV rapporte les propos de Pham Binh Minh ci-après :

“Ces actes sont illégaux et contraires au droit et à la pratique internationale. Ils violent gravement la souveraineté du Vietnam sur l’archipel de Hoang Sa (Paracels), ses droits souverains et sa juridiction dans sa zone économique exclusive et sur son plateau continental. Ils portent également atteinte à la confiance politique et à la coopération multisectorielle entre les deux pays.

Le Vietnam proteste énergiquement contre ces actes et demande à la Chine de retirer cette plateforme et tous ses bateaux de cette zone et de retourner à la table de négociation pour régler tous les différends à ce sujet“. [3]

Cette protestation officielle s’accompagne de son pendant historique régulièrement mis en avant par Hanoi pour réaffirmer sa souveraineté ancienne sur les Paracels et les Spratley et d’un rappel du contexte juridique international :

“Le Vietnam possède suffisamment de preuves historiques et de bases juridiques pour affirmer sa souveraineté, ses droits légitimes sur les deux archipels de Hoang Sa (Paracels) et de Truong Sa (Spratley) ainsi que ses droits souverains et sa juridiction dans sa zone économique exclusive et sur son plateau continental, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 (UNCLOS).

Le Vietnam appliquera toutes les mesures nécessaires pour protéger ses intérêts légitimes. Le Vietnam fait toujours preuve de bonne volonté dans le règlement des divergences via des négociations, sur la base des conceptions communes des hauts dirigeants des deux pays et de l’Accord sur les principes directeurs fondamentaux du règlement des questions maritimes entre le Vietnam et la Chine, conformément au droit international, a fortiori l’UNCLOS”. [4]

Le 3 mai, l’Administration de sécurité maritime chinoise annonçait officiellement la mise en route du forage. Le porte-parole du ministère vietnamien des Affaires étrangères Lê Hai Binh s’insurgeait :

L’emplacement d’opération du forage HD-981 exposé dans l’annonce chinoise est situé totalement dans la zone économique exclusive et sur le plateau continental du Vietnam, à environ 120 miles nautiques de ses côtes. [5]

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La plateforme chinoise Haiyang Shiyou 981 © 2014 Petrotimes

Pour faire valoir son bon droit et pour démontrer que cet acte ne fait pas l’unanimité en Chine populaire, l’agence de presse francophone Vietnam + mobilisa ses talents de propagandiste en relayant la voix d’un intellectuel chinois :

Dans un texte publié le 6 mai sur son blog à la page 163.com, le célèbre intellectuel chinois Li Ling Hua a affirmé que la Chine étant une partie de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982 (CNUDM 1982), elle doit mener des actes conformément aux articles 74 et 83 de celle-ci aux termes desquels elle doit respecter le plateau continental et la zone économique exclusive de 200 milles marins des pays environnants. [6]

D’autres voix importantes se sont fait entendre comme celle de la porte-parole du Département d’État américain Jen Psaki qui évoque un acte “provocateur” pouvant déstabiliser la région [7]. Les voix des intellectuels et blogueurs vietnamiens n’ont par contre pas retenu l’attention de l’agence officielle. Dans un entretien avec le journaliste Tran Quang Thanh (Radio Chan Troi Moi), le dissident et intellectuel iconoclaste Ha Si Phu constatant l’inefficacité de la politique vietnamienne face au grand frère communiste en appelait à la mobilisation populaire pour renverser la situation [8].

Dans le même registre, une vidéo de deux minutes postée sur You Tube par Dân Làm Phim (Les citoyens cinéastes) tourne en dérision les vaines protestations officielles de la RSVN face à la politique de fait accompli de la Chine populaire. Elle met en scène l’espace vietnamien peu à peu envahi par son voisin du Nord. Sur un fond musical digne d’un mauvais film à suspense, la vidéo pose cette question aux citoyens : “Ami, lorsque le Viêt-Nam sera complètement occupé par la Chine, où seras-tu, que feras-tu ?”

Les réactions au sein de la société civile et de la blogosphère sont encore plus explicites. Une des premières émanent de l’avocat dissident Cu Huy Ha Vu qui, de son exil forcé aux États-Unis, a proclamé lors d’une conférence de presse qu’il rentrerait tôt ou tard dans son pays pour y défendre son peuple et sa patrie contre l’expansionnisme chinois [9]. Ce regain de nationalisme et de positionnement contre la Chine risque de donner du fil à retordre à la Sécurité publique vietnamienne qui doit déjà savoir que dès dimanche prochain deux manifestations sont programmées à Hanoi et à Saigon. En effet, 20 associations et groupes issus de la société civile se sont d’ores et déjà données le mot d’ordre pour exprimer le ras-le-bol des Vietnamiens face aux empiètements récurrents de la Chine. [10]

Trois mots d’ordre accompagnent cet ordre de mobilisation intitulé “Protéger la Patrie” (image ci-dessous). Le premier consiste à protester contre “l’invasion” chinoise en Mer orientale, il interpelle directement la Chine populaire. Le second est en direction de l’État vietnamien, pressé de trouver une solution en s’appuyant sur le peuple pour faire cesser les provocations chinoises dans la zone maritime vietnamienne. Le troisième mot d’ordre vise à faire libérer sept dissidents et blogueurs actuellement emprisonnés pour leurs actions patriotiques : Điếu Cày – Nguyễn Văn Hải, Bùi Thị Minh Hằng, Trần Huỳnh Duy Thức, Nguyễn Xuân Nghĩa, Việt Khang, Trần Vũ Anh Bình, Đinh Nguyên Kha. [11]

baovetoquoc-danlambaoDans sa politique de conquête des hydrocarbures la Chine choisit la manière forte. L’annonce publiée le 3 mai dernier par l’Administration de sécurité maritime chinoise avait fait savoir que le forage pétro-gazier HD-981 fonctionnerait du 2 mai au 15 août dans un emplacement de 15° 29′ 58 ” de latitude Nord et 111° 12′ 06” de longitude Est [12]. On imagine aisément la mauvaise surprise pour le Viêt-Nam qui, depuis juin 2011, tente avec un certain succès de réprimer les manifestations anti-chinoises dans les grandes villes. L’arrestation récente du blogueur Ba Sàm (Nguyen Huu Vinh) par la Sécurité publique n’arrange rien car elle est un avertissement contre ceux qui contestent la politique de la RSVN. Cette arrestation donne l’impression que l’État vietnamien, très embarrassé par cette situation, se plie aux injonctions chinoises. Les mots d’ordre de l’appel à manifester visent tout autant la Chine que l’État vietnamien. L’été risque donc d’être chaud.

FG, mise à jour le 08/05/2014.

[1] Jean-Luc Domenach, “Qui se souvient de Diên Biên Phu?”, Ouest-France, 07/05/2014.

[2] Yann Rousseau, “Cette nuit en Asie : Grave poussée des tensions entre la Chine et le Vietnam”, Les Echos, 07/05/2014.

[3] CPV, “Le Vietnam demande à la Chine de retirer sa plateforme de forage pétro-gazier des zones maritimes vietnamiennes”, Le journal en ligne du PCV, 07/05/2014.

[4] Idem.

[5] CPV, “Le Vietnam s’oppose fermement aux activités étrangères illégales dans ses zones maritimes”, Le journal en ligne du PCV, 05/05/2014.

[6] VNA, “Opinions publiques : la Chine doit respecter la CNUDM 1982”, Vietnam +, 07/05/2014.

[7] VNA, “Plate-forme chinoise en Mer Orientale, “une provocation”, Vietnam +, 07/05/2014.

[8] Hà Sĩ Phu: Chỉ nhân dân Việt Nam mới cứu được nước, Chan Troi Moi, 07/05/2014. (une leçon de real politik. La question de la réponse à apporter est à la toute fin de l’entretien).

[9] TS Cù Huy Hà Vũ họp báo ở Quốc hội Hoa Kỳ, RFA, 06/05/2014. (interview)

[10] Lời Kêu Gọi Biểu tình Yêu Nước của 20 Tổ Chức Dân Sự Việt Nam, Dan Lam Bao, 08/05/2014.

[11] Idem.

[12] CPV, “Le Vietnam s’oppose fermement aux activités étrangères illégales dans ses zones maritimes”, Le journal en ligne du PCV, 05/05/2014.

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Informations complémentaires


Conférence de presse de la RSVN rappelant que 80 navires chinois (dont 7 navires militaires) avaient pénétré dans les eaux vietnamiennes.

Une recherche par le mot clé “HD 981” (terme utilisé dans la presse vietnamienne) sur le moteur de recherche Google renvoie le 8 mai 2014 à 772 entrées soulignant l’important traitement médiatique dont bénéficie cette inquiétante affaire au Viêt-Nam.

L’expert australien Carl Thayer considère que la Chine lance un défi au Viêt-Nam et que cette manœuvre agressive est une réponse probable au récent tour d’Asie du président américain Barak Obama (AFP).

Suivre l’information sur la Mer de chine méridionale (Mer orientale pour les Vietnamiens) :

Articles en français des 08 et 09 mai :

Bandeau capturé sur les sites non officiels des plus hautes personnalités de la RSVN

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Le slogan dit : “S’opposer à l’agression chinoise”