Archives de catégorie : Signalements

Tian : L’année du lièvre 2. Ne vous inquiétez pas [bande annonce du tome 2]

Couv_Annee_lievre2-3[ndlr] Le jeudi 6 juin 2013, Tian annonçait sur son blog la sortie du tome 2 de L’année du lièvre, un témoignage graphique fort sur le Kampuchéa Démocratique des Khmers rouges.

Phnom Penh, 1975. Après la prise du pouvoir par les Khmers rouges, Khim, Lina et leur famille sont obligés de quitter la ville sans savoir où aller. Pour avoir tenté de passer la frontière, ils sont arrêtés et transférés dans un village. Ils vont y subir de plein fouet la violence du nouveau régime : les adultes travaillent dans les champs sans relâche tandis que les enfants apprennent à devenir des espions et à se méfier de leurs parents…

Suite du récit d’un destin tragique, celui de la propre famille de Tian, où l’on découvre l’horreur de la dictature khmère rouge. Un document tout en finesse pour un sujet effrayant.

Réf. : Tian, L’année du lièvre. 2: Ne vous inquiétez pas, Paris, Gallimard BD, 2013, 128 p.

Source : Gallimard

Réalisation : Matthieu Labbé & Tian
Témoignage : Khim
Musiques : Benoit Garelli + Chant Révolutionnaire Khmer Rouge
+ : matthieulabbe.ultra-book.com

Voir aussi :

[parution] Philippe Papin : Histoire des territoires de Hà-Nội. Quartiers, villages et sociétés urbaines du XIXe au début du XXe siècle

Papin_HistoireTerritoiresHanoi[ndlr] Que vous partiez en vacances au loin ou que vous restiez chez vous, ne manquez pas cet été cette extraordinaire histoire de Hanoi et de ses habitants. Cette histoire sociale, économique et urbaine, somme de près de 400 pages, offre aux lecteurs les clés de l’évolution et du dynamisme de cette ville devenue après la réunification de 1976 la capitale du Viêt-Nam socialiste. Petites gens ou mandarins, Philippe Papin rend ainsi hommage aux “acteurs” de la transformation de Hanoi sur le long terme.

[présentation de l’éditeur] Délaissée par les souverains Nguyên, elle s’est affranchie pendant trois quarts de siècle du poids de l’autorité impériale avant de devenir, autour des années 1880, une ville de juridiction française, le chef-­lieu du protectorat du Tonkin et la capitale de l’Indochine coloniale. Mais ce grand mouvement du balancier politique n’a pas empêché la population de poursuivre son chemin. Dans le cœur de la ville, dans ses faubourgs, dans les villages qui l’entouraient, elle s’est adaptée, ou opposée, aux transformations de son environnement urbain, politique, économique et social. À l’aide des archives locales, cet ouvrage fait le point sur l’évolution des différents territoires de la ville et sur la manière dont les Vietnamiens, membres de l’élite, mais aussi artisans, commerçants, employés et paysans, ont été les acteurs de l’histoire et ont fait leur ville.

Année de parution : 2013
394 pages
Format : 158 x 240 mm
Prix : 35 €

Source : Les Indes Savantes

[parution] Keith W. Taylor : A History of the Vietnamese

Taylor_AHistoryOfTheVietnameseL’historien américain Keith W. Taylor vient de publier son imposante histoire des Vietnamiens considérée sur la longue durée. Cette nouvelle publication de près de 700 pages d’un des plus grand spécialiste du Viêt-Nam se présente déjà comme une référence incontournable des Vietnamese Studies. L’ouvrage organisé chronologiquement s’articule autour de 13 chapitres revisitant le Viêt-Nam et plus particulièrement les Vietnamiens qui ont façonné ce pays des origines à nos jours. Le premier chapitre pose le contexte du Viêt-Nam pré-impérial jusqu’à l’avènement de l’indépendance vis-à-vis des Han (pp. 14-50). Le second chapitre s’intéresse à la dynastie des Ly (pp. 51-107) ; le troisième à celle des Tran (pp. 108-164) ; le quatrième à celle des Lê (pp. 165-223).

On quitte l’histoire des trois grandes dynasties vietnamiennes (près d’un tiers de l’ouvrage) pour se plonger à partir du cinquième chapitre dans le chaos des guerres régionales (pp. 224-257) et internes entre le nord et le sud au XVIIème siècle (pp. 258-318). Le chapitre sept se focalise sur le Viêt-Nam divisé des seigneurs Trinh et Nguyen pour en souligner les divergences (pp. 319-364). La guerre civile qui mène à l’avènement des Tay Son reprend au chapitre 8 (pp. 365-397). Le chapitre 9 est consacré à la dernière grande dynastie vietnamienne des Nguyen jusqu’à son déclin au contact de l’Occident (pp. 398-445). Cet ensemble dédié à la guerre régionale puis interne aux Vietnamiens forme le second tiers de l’ouvrage.

Mais les Vietnamiens n’en n’ont pas fini avec la guerre. Celle-ci se prolonge avec le chapitre 10 consacré à la conquête française (pp. 446-483) puis l’auteur décrypte dans le chapitre suivant les nouvelles relations et interactions avec le colonisateur (pp. 484-523). La guerre toujours, revient en force au chapitre 12 (pp. 524-560) englobant l’Indochine dans une nouvelle configuration avec la France. Le dernier chapitre expose la situation au sortir de la guerre d’Indochine, du Viêt-Nam divisé à la réunification par la guerre. Enfin, l’auteur clot son étude par une rétrospective (pp. 620-626, et non une conclusion insiste Taylor) qui permet à l’auteur de replacer les Vietnamiens dans une longue durée en considérant l’importance de la matrice chinoise dans la construction de l’espace et de la mentalité de ce peuple aux composantes si diverses. De ce fait, il interroge l’unité du peuple vietnamien en soulignant les contrastes et différences ethniques, culturelles ou religieuses qui habitent ce peuple. Troisième point, il démontre la réelle difficulté qui existe alors dès que l’on veut expliciter ce qu’est un Vietnamien (Being Vietnamese has many forms) autrement que par la langue ou par l’espace particulier que ce peuple occupe sur la planète (p. 626). Enfin, note qui peut se lire comme touche d’optimisme, cette pluralité intrinsèque du Viêt-Nam, à la fois faiblesse et force, pourraient multiplier les possibilités à l’avenir (Being Vietnamese offers many options). L’ouvrage (sans notes de bas de page) se termine par un essai bibliographique conséquent (pp. 627-643) qui balaye par chapitres les sources principales qui ont nourri la réflexion de l’auteur et qui fait office de références bibliographiques. Plusieurs annexes (figures, tables, cartes) et un index mettent un point final à cette ambitieuse synthèse rapidement présentée ici.

FG, 25/06/2013

[Présentation de l’éditeur ci-dessous]

The history of Vietnam prior to the nineteenth century is rarely examined in any detail. In this groundbreaking work, K. W. Taylor takes up this challenge, addressing a wide array of topics from the earliest times to the present day – including language, literature, religion and warfare – and themes – including Sino-Vietnamese relations, the interactions of the peoples of different regions within the country, and the various forms of government adopted by the Vietnamese throughout their history. A History of the Vietnamese is based on primary source materials, combining a comprehensive narrative with an analysis which endeavors to see the Vietnamese past through the eyes of those who lived it. Taylor questions long-standing stereotypes and clichés about Vietnam, drawing attention to sharp discontinuities in Vietnam’s past. Fluently written and accessible to all readers, this highly original contribution to the study of Southeast Asia is a landmark text for all students and scholars of Vietnam.

Réf. Keith W. Taylor, A History of the Vietnamese, Cambridge, Cambridge University Press, 2013, 696 p.

Keith W. Taylor is a professor in the Department of Asian Studies at Cornell University. His career began in the U.S. army, where he was deployed in the US-Vietnam War. He has now been researching Vietnam for nearly forty years, and his work has made a fundamental contribution to the field.

Source : Cambridge University Press

Thụy Khuê: Nhân Văn Giai Phẩm và vấn đề Nguyễn Ái Quốc [online]

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Thụy Khuê, Nhân Văn Gai Phẩm và vấn đề Nguyễn Ái Quốc. Biên khảo, Falls Church, VA, Nxb Tiếng Quê Hương, 2012, 976 p. (25 chapitres, 4 entretiens en annexe, illustrations, bibliographie pp. 959-969).

L’ouvrage de la journaliste, écrivaine et critique littéraire Thuy Khue sur le mouvement Humanisme & Belles Œuvres est désormais en ligne.

Cet essai majeur sur le célèbre mouvement intellectuel qui secoua la RDVN dans les années cinquante au sortir de la guerre d’Indochine regorge de détails intéressants sur les parcours des acteurs et le contexte politique. L’ouvrage est le résultat d’un travail de longue haleine qui débuta en 1984. Il se présente sous la forme d’une série d’articles consacrés à l’histoire du mouvement, à son origine, à son impact, à son contexte (chapitres 1 à 7), agrémenté de chapitres biographiques (8 à 14 puis 16, 21, 23) sur les personnalités de premier plan comme Nguyen Huu Dang, Le Dat, Tran Dan, Nguyen Manh Tuong, Phan Khoi ou Thuy An. Comme l’indique le titre, le parcours de Nguyen Ai Quoc (futur Ho Chi Minh) en France est interrogé à travers une véritable enquête qui confronte les sources (chap. 16 à 19).

L’originalité de cette publication en ligne réside dans la mise à jour que l’auteure met en pratique. La version livre publiée en 2012 chez Tieng Que Huong en Virginie est désormais complétée par des documents fournis par le poète Hoang Cam en novembre 2012. Notez que l’on peut également télécharger la dernière mise à jour de mars 2013 directement sur le site de Thuy Khue. Pour résumer brièvement, l’ouvrage est d’une lecture passionnante, il se fonde sur une enquête minutieuse qui permet à l’auteure de proposer son analyse tranchée. En outre, à travers plusieurs chapitres clés (6, 15, 20, 24, 25), il se révèle être une contribution importante à la compréhension de l’émergence du combat des intellectuels et d’une pensée démocratique dans le Viêt-Nam colonisé puis “communisé”.

FG, 18/06/2013.

Lien pour accéder à l’ouvrage en ligne :

Thụy Khuê : Nhân Văn Giai Phẩm và vấn đề Nguyễn Ái Quốc

PDF en ligne sur Viet Nam Van Hien.net (version 01-1212)

[parution] Les plantations Michelin au Viêt Nam

Panthou_LesPlantationsMichelinAuViêtNam[ndlr] Eric Panthou nous fait part de la parution de son ouvrage sur Les plantations Michelin au Viêt Nam. La présentation ci-après est extraite du dossier de presse communiqué par l’auteur.

Dans l’histoire de la domination française en Indochine, l’exploitation de l’hévéa demeure le symbole de l’expansion économique de la région qui a fait la fortune de nombreux colons et de grandes sociétés. Parmi elles, Michelin.

Mais la culture de l’hévéa marque aussi une des périodes les plus noires du colonialisme par le traitement infligé au prolétariat indigène venu travailler là. Or, les plantations Michelin sont, aussi bien dans la presse et les rapports des autorités de l’époque que dans la mémoire du peuple vietnamien, l’un des lieux emblématiques de cette exploitation orchestrée par ceux qu’on appelait les « jauniers ».

Premier ouvrage en français traitant d’un sujet constituant encore un enjeu mémoriel, Les plantations Michelin au Viêt-nam se présente en deux parties distinctes : la traduction du témoignage célèbre d’un coolie ayant travaillé sur une plantation Michelin jusqu’à 1930, puis une rigoureuse étude historique. C’est à une nouvelle approche de la politique sociale de Michelin, en contexte colonial, à laquelle cette étude vous invite.

Un ouvrage né d’un travail collectif et associatif, entamé depuis deux ans

L’histoire sociale des plantations Michelin est un projet né il y a deux ans. L’Université Populaire et Citoyenne du Puy-de-Dôme (UPC 63) conserve dans ses archives le texte original en vietnamien, et aussi sa traduction américaine publiée en 1985 par une université, du témoignage d’un coolie, Tran Tu Binh,  ayant travaillé sur les plantations Michelin de 1927 à 1930. Son témoignage raconte les terribles conditions de vie et de travail des milliers de coolies acheminés du Nord vers ces grandes plantations, les mauvais traitements infligés par l’encadrement français et les efforts d’organisation des ouvriers pour se défendre et finalement se révolter. Tran Tu Binh devenu alors militant communiste, fut l’organisateur d’une grève sur cette plantation en 1930, ce qui lui valut 5 ans de prison au tristement célèbre bagne de Poulo Condor.

Après l’accord de la famille de Tran Tu Binh, Carola Kaufmann, membre du groupe Histoire et mémoire sur le mouvement social de l’UPC 63, a réalisé la traduction de ce texte très fort. Parallèlement, Éric Panthou, historien, membre également de ce groupe a entrepris ce qui ne devait être qu’une simple mise en perspective du cadre historique dans laquelle ce récit se déroule. Puis, au gré de ses lectures et de ses recherches aux archives d’outre-mer, se sont faits jour de nombreux particularismes des plantations Michelin. Ceci justifiait l’intérêt de rédiger une véritable histoire de ces plantations.

Cet ouvrage dévoile un pan inconnu de l’histoire sociale de la Société Michelin. Si les historiens anglo-saxons continuent depuis les années 1980 à étudier cette question sociale dans l’économie de plantation en Indochine, il n’existait à ce jour aucune publication sur ce sujet en français depuis un article fondateur de Pierre Brocheux paru en 1977. Ce livre vient donc combler un manque concernant un secteur, l’hévéaculture, qui après 1925 jusqu’à la décolonisation fut le secteur symbole de la « mise en valeur » coloniale chère aux autorités, et en même temps celui qui fut emblématique de cette violence et de cette domination coloniales.

Phu-Riêng la Rouge, par Tran Tu Binh, un témoignage majeur sur l’histoire et la société vietnamienne

La première partie de l’ouvrage est la traduction du témoignage d’un coolie, Tran Tu Binh, parue en 1965 pour la première fois au Viêt Nam, sur les conditions de vie et de travail extrêmement difficiles sur l’une des plantations Michelin et les efforts d’organisation des ouvriers pour se soulever. Il y a quelques semaines, à la question suivante, posée sur le forum américain Vietnam Studies Group à plusieurs dizaines de spécialistes du  monde entier, « Quels livres conseillerez-vous à un étudiant se rendant au Viêt Nam ? », Phu-Riêng, la Rouge, de Tran Tu Binh, a été retenu aux côtés d’une vingtaine d’autres ouvrages de référence. C’est dire l’importance de ce récit, que l’Université Populaire et Citoyenne, grâce à la traduction de Carola Kaufmann, avec l’aide de Jacques Joubert, à partir de la version originale en vietnamien, est fière de présenter pour la première fois en français.  Ce texte, bien qu’il s’agisse d’un témoignage militant, d’un homme devenu ensuite un cadre du régime nord-vietnamien, est en effet considéré par les meilleurs spécialistes, tels Pierre Brocheux ou l’historien américain David G. Marr, comme le plus fiable sur la condition ouvrière dans ces grandes plantations. Il est le plus fréquemment cité par les historiens s’intéressant à cette période et ce sujet.

Cette carte postale des années 1920-1930 est le symbole de la domination française en Indochine. Dans les plantations d'hévéa de Michelin, 6000 coolies vont défricher des milliers d'hectares de forêts, afin de récolter cette matière première stratégique. © http://auvergne.france3.fr
Cette carte postale des années 1920-1930 est le symbole de la domination française en Indochine. Dans les plantations d’hévéa de Michelin, 6000 coolies vont défricher des milliers d’hectares de forêts, afin de récolter cette matière première stratégique. © 2013 France3 Auvergne

Le particularisme des plantations Michelin en Indochine, par Éric Panthou

Un travail universitaire très documenté sur une face oubliée de l’histoire sociale de la multinationale clermontoise.

La seconde partie est historique. Si l’intérêt pour l’histoire sociale et économique des plantations d’hévéas en Indochine est croissant depuis des années, en particulier chez les auteurs anglo-saxons, presque tous ont été confrontés au refus de la Société Michelin d’ouvrir ses archives. En s’appuyant sur plusieurs centaines de pages de documents issus de ces archives, cette étude constitue une réponse à l’attente de nombreux chercheurs concernant l’attitude du géant du pneumatique en Indochine. Ce travail, à travers certaines comparaisons, établit le particularisme de ces plantations ; particularisme par la généralisation précoce des méthodes d’organisation du travail inspirées de Taylor et génératrices de pressions et violences sur les ouvriers ; particularisme par la fréquence et la gravité des incidents entre direction et ouvriers ; particularisme par la méconnaissance des mœurs des ouvriers de la part de cette même direction, par les conflits importants qu’ont noué les dirigeants avec les autres planteurs…

Cette publication est le fruit de deux ans de travail et de recherches dans différents centres d’archives, s’appuyant aussi sur les copies fournies par d’autres chercheurs, issues aussi bien des archives publiques en France et au Viêt Nam que des archives Michelin. Si la direction Michelin a attendu 15 mois pour répondre aux sollicitations d’Éric Panthou, pour invoquer finalement un manque de personnel pour retrouver et fournir les archives demandées, il a pu disposer de plusieurs centaines de pages de photocopies de ces archives, confiées par un autre chercheur. Ce travail s’appuie en outre sur une bibliographie de plus de 200 titres aussi bien en français qu’en anglais (consultable en ligne sur le site de l’UPC 63).

Michelin a considéré qu’il suffisait de dépenses importantes dans le domaine sanitaire (hôpital et drainage pour réduire le fléau du paludisme qui a causé 17% de morts en 1927 sur l’une de ses plantations) pour obtenir la paix sociale et des rendements élevés. Mais à côté, il a délaissé l’habitat, ses cadres ne connaissaient pas les mœurs et coutumes des coolies, et considéraient toute protestation comme émanant des communistes donc non entendables. Tout cela a contribué à ce que des incidents graves (assassinat d’un surveillant français, cas de torture dévoilés par l’inspection du Travail, grève insurrectionnelle en 1930, assassinat de 3 coolies par des gardes en 1932, etc.) surviennent régulièrement et que les autorités soient de plus en plus critiques à son égard comme en témoigne l’extrait du rapport du Gouverneur de Cochinchine qui figure ci-après.

Cette étude établit aussi le succès économique de ces plantations, que les chercheurs pressentaient bien-sûr, mais sur lequel ils ne disposaient d’aucun chiffre, la Société Michelin cultivant le secret depuis ses origines. L’extrême faiblesse des salaires des coolies combinée à la forte demande en faveur du caoutchouc naturel, ont contribué à faire de ces plantations des domaines extrêmement rentables. Ceci explique sans doute pourquoi Michelin est resté au Viêt Nam jusqu’à la chute de Saigon en 1975 et le départ des Américains, bientôt suivis de l’expropriation des plantations du Sud Viêt Nam par le nouveau pouvoir communiste. Mais Michelin et ces grands planteurs ont laissé une trace indélébile dans la mémoire populaire vietnamienne qui voit cette période des grandes plantations comme celle emblématique de la domination coloniale et de la violence faite aux Vietnamiens. Tran Tu Binh ne qualifie t-il pas Phu-Riêng, la plantation Michelin où il fut employé, d’ « enfer sur terre » ? Le fait qu’après que les autorités vietnamiennes ont réouvert le pays aux capitaux occidentaux en 1992, Michelin ait reçu une fin de non recevoir, est également significatif de la trace laissée par cette entreprise dans ce pays.

Un ouvrage au croisement de l’histoire coloniale et de l’histoire sociale

Depuis la fin des années 1990, on a assisté à un regain d’intérêt et à un profond renouvellement de l’Histoire coloniale, en grande partie parce que ces questions liées à la mémoire, la repentance ont été remises à l’ordre du jour à travers la loi Taubira qualifiant l’esclavage de crime contre l’Humanité, puis à travers la tentative  il y a peu, d’inscrire dans le marbre et faire enseigner «le rôle positif de la présence française outre-mer» et « la mission civilisatrice de la France » défendue par certains depuis Jules Ferry [1]. En témoigne aussi cette année le fait que cette question des sociétés coloniales soit au programme des concours du CAPES et de l’agrégation en Histoire contemporaine. Cette Histoire coloniale est un enjeu mémoriel important, elle n’est pas neutre. La présentation conjointe de la vision des colonisés et d’une analyse historique rigoureuse constitue l’une des originalités et l’intérêt de cet ouvrage.


[1] Article 4 de la  loi française n° 2005-158 du 23 février 2005, abrogé par décret du 15 février 2006 suite à une importante mobilisation.

Les auteurs

Éric Panthou est bibliothécaire à Clermont-Ferrand, détenteur d’un DEA en histoire contemporaine. Son mémoire de maîtrise a reçu le prix Maitron 1994, décerné au meilleur mémoire en Histoire sociale. Il mène depuis vingt ans des recherches sur l’histoire sociale et politique du Puy-de-Dôme dans l’entre-deux-guerre et en particulier chez Michelin.

TranTuBinhTran Tu Binh (1907-1967), de son vrai nom Pham Van Phu, a raconté en 1965 son témoignage d’ancien coolie sur les plantations Michelin. Il est alors un haut dirigeant Nord-Vietnamien. Fils de paysan pauvre, lettré grâce à son passage au séminaire, il est conquis par les idées communistes et décide d’œuvrer à l’essor de son organisation en se faisant ouvrier en 1927 sur la plantation Michelin de Phû-Riêng. C’est là qu’il fut à l’origine d’une grève insurrectionnelle en 1930. Il fut pour cela condamné à 5 ans de bagne où il prit son nom de Tran Tu Binh, « l’homme qui pouvait mourir pour la paix ». et devint ensuite un cadre du Parti Communiste Vietnamien. Il mena une brillante carrière militaire qui l’amena au grade de général et parallèlement, sa proximité avec Ho Chi Minh l’aida dans sa carrière politique le menant au poste d’ambassadeur  de la République du Viêt Nam en Chine mais aussi au Comité Central du Parti Communiste vietnamien.

Source : Dossier de presse Les plantations Michelin au Viêt Nam

Nathalie Huynh Chau Nguyen : La mémoire est un autre pays – Femmes de la dia­spora viet­na­mienne

[ndlr] Avis de parution de l’ouvrage de Nathalie Huynh Chau Nguyen : La mémoire est un autre pays. Femmes de la diaspora vietnamienne (Paris, Riveneuve éditions, 2013).

Il s’agit de la traduction française de l’étude de Nathalie Huynh Chau Nguyen, Memory is another country: women of the Vietnamese diaspora (Santa Barbara; Denver; Oxford: ABC Clio, 2009).

 

NathalieNguyen_LaMémoireEstUnAutrePays

 

La librai­rie Le Phénix et Riveneuve éditions ont le plai­sir de vous invi­ter à ren­contrer

Nathalie Huynh Chau Nguyen,

à l’occa­sion de la paru­tion de

La mémoire est un autre pays,

Femmes de la dia­spora viet­na­mienne

Avec la pré­sence des tra­duc­teurs Patricia Fogarty et Alain Guillemin

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Mardi 28 mai à 18h

à la librai­rie Le Phénix

72, bou­le­vard de Sébastopol 75003 Paris

Métro : Réaumur-Sébastopol ou Etienne Marcel

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Sortie offi­cielle : 16 mai 2013

[parution] Défendre l’empire. Des conflits oubliés à l’oubli des combattants – Frédéric Garan (dir.)

Garan_Défendrel'Empire[ndlr] Vient de paraître aux éditions Vendémiaire dans la nouvelle collection Empires dirigée par Sophie Dulucq et Jean-François Klein. Présentation de l’éditeur.

La mémoire de l’histoire des anciens combattants « indigènes » s’arrête généralement avec la victoire sur le nazisme à l’image de ceux qui ont combattu jusqu’au bout pour libérer la France. Cette mémoire, très sélective, est entretenue par les pouvoirs politiques qui « oublient » qu’à la suite de la Seconde Guerre mondiale, ces soldats ont été appelés pour défendre l’Empire dans les conflits de décolonisation… Mobilisés par une France affaiblie pour des raisons militaires mais aussi économiques et politiques, ils ont participé à la répression de l’insurrection de Madagascar et sont intervenus massivement pendant la guerre d’Indochine.

Cet ouvrage retrace les parcours collectifs de ces « Sénégalais », Maghrébins, Malgaches et Réunionnais, auxquels répondent des portraits de combattants où se dessinent des destins poignants. Une mise en perspective qui nous amène au plus près de ces soldats, de leur engagement à leur présence sur le terrain, avant de se clore sur les luttes de ces anciens combattants pour la reconnaissance de leur pension – c’est-à-dire de leur participation à la défense de l’Empire.

Sommaire :

  • Introduction, pp. 5-15
  • Armelle Mabon : “Prisonniers de guerre malgaches durant la Seconde Guerre mondiale”, pp. 17-31
  • Christophe Giudice : “Hédi Abdelkader, un tunisien de la France libre”, pp. 33-39
  • Jean Fremigacci : “Bataillons marocains en campagne à Madagascar”, pp. 41-96
  • Frédéric Garan : “Une brève histoire d’amour dans l’empire”, pp. 97-101
  • Michel Bodin : “Les ‘Sénégalais’ de la guerre d’Indochine”, pp. 103-135
  • Christophe Giudice : “Mohamed Hédi Guertili, de la Phalange africaine aux troupes coloniales”, pp. 137-140
  • Pierre-Eric Fageol, “Réunionnais en Indochine”, pp. 141-165
  • Michel Bodin : “Tunisiens en Indochine”, pp. 167-189
  • Christophe Giudice : “Slimane Ayari ou les regrets d’une jeunesse perdue”, pp. 191-193
  • Christophe Giudice : “Des Marocains ralliés au Vietminh”, pp. 195-222
  • Frédéric Garan : “Le dernier combat des tirailleurs malgaches”, pp. 223-256
  • Conclusion, pp. 257-261
  • Annexes dont Pierre-Eric Fageol : “Les Réunionnais morts en Extrême-Orient”, pp. 267-281
  • Notes : pp. 283-312
  • Les auteurs : pp. 314-315

Frédéric Garan est maître de conférences à l’université de La Réunion, chercheur au CRESOI et directeur de publication de la revue Tsingy.

Source : Editions Vendémiaire