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Nord Viêt-Nam – décembre 1972 : quelle victoire et pour qui ?

La campagne de bombardement du Nord Viêt-Nam (principalement à Hanoi et Haiphong) au mois de décembre 1972, affublée de cette dénomination cynique de “bombardements de Noël”, fit, selon les estimations occidentales, plus d’un millier de victimes civiles et 1600 selon Hanoi. Dans un article du 28/12/2012, le site vietnamien de la BBC pose cette question toujours sujette à discussion : “Hanoi a abattu combien de B-52 ?” (Hà Nội bắn rơi bao nhiêu B-52?). En effet, la question n’est pas réglée entre les différentes versions avancées par la presse en RSVN et aux Etats-Unis. Si ce détail est important pour la vérité historique, il l’est peut être moins que les conséquences de cette opération militaire qui incita fortement les deux parties, pour des raisons différentes, à retourner à la table des négociations à Paris pour tenter de mettre un terme à la guerre.

Le très officiel site du PCV diffusait en 2004 ses propres chiffres et selon lui, du 18 au 30 décembre 1972, 81 avions américains dont 34 B52 avaient été abattus pendant ces douze jours d’enfer [1]. Cette campagne intitulée du côté de la RDVN le “Dien Bien Phu aérien”, en souvenir de la cuisante défaite française du 7 mai 1954, est présentée comme une victoire incontestable qui “a contribué à obliger les impérialistes américains à signer les Accords de Paris de janvier 1973 et à se retirer du Sud Viêt-Nam”. Alors que le chiffre de 34 B52 était habituellement admis et répété sur les médias communistes vietnamiens, le 19 décembre 2010, le site de l’Armée populaire publiait une évaluation à la baisse affirmant que le Nord Viêt-Nam “avait abattu en douze jours et nuits (du 18 au 29 décembre 1972), 23 B52 et fait prisonnier de nombreux aviateurs américains” [2]. La polémique n’est donc pas tant sur les chiffres que sur l’interprétation et l’exploitation à faire de cette action militaire américaine. Dans les deux cas, il s’agit d’une “victoire politique et militaire”.

Dans un article (sans commentaires) illustré de panneaux commémoratifs et “pédagogiques” paru le 28 novembre 2012 dans le journal Dât Viêt, les chiffres de 4025 victimes tuées et de 3327 blessés étaient avancés avec un nombre record de 100.000 tonnes de bombes versées sur le Nord Viêt-Nam à ce moment là. Un second panneau rappelait que 5480 maisons, 24 écoles et 5 hôpitaux et de nombreux autres lieux clés de la ville (pagodes, théâtres…) avaient été totalement détruits par les bombardements (voir ci-dessous) [3]. Autant dire que la pression venue du ciel était très forte si l’on considère ces chiffres avec sérieux. A la suite de l’importante Offensive de Pâques (Chiến dịch Xuân hè 1972) contre la République du Viêt-Nam au Sud du 17e Parallèle, les forces de l’Armée populaire de la RDVN étaient très affaiblies. Elles avaient entre le 30 mars et le 22 octobre 1972 essuyé d’énormes pertes en hommes et en matériel et l’Etat-major nordiste avait notamment sous-estimé la capacité du Sud à résister et à reprendre l’initiative sur son territoire grâce à l’intervention massive de l’aviation américaine.

Du côté américain, l’opération militaire intitulée “Linebacker II” fut déclenchée en décembre et dura 11 jours et non douze (the 11- Day War). Elle fait suite à une première “Linebacker I” déclenchée à partir de mai 1972 pour tester la défense aérienne nord-vietnamienne et répondre à l’Offensive de Pâques menée par la RDVN contre le Sud. Selon la BBC, l’opération de décembre coûta la vie à huit aviateurs américains, tués ou blessés en vol, mais 25 disparurent, 33 furent faits prisonniers et 26 furent récupérés et sauvés. Au total, 15 B52 furent abattus. Sur 741 vols raids aériens, 729 furent accomplis et 12 raids abandonnés [4]. Aucune raison n’est donnée sur ces abandons. De même que pour la RDVN, cette campagne est présentée par les Etats-Unis comme une victoire militaire qui força les dirigeants du Nord Viêt-Nam à retourner à la table des négociations alors dans l’impasse. Le 8 janvier 1973, les deux parties se retrouvèrent effectivement à Paris pour poursuivre les discussions engagées sur la fin de la guerre alors même que les relations entre Henry Kissinger et le gouvernement de Saigon étaient très tendues. La République du Viêt-Nam (Sud) redoutait à juste titre que le retour hâtif des forces américaines sans réelle contrepartie pour le Nord ne précipitât l’invasion programmée du Sud par Hanoi.

Les deux parties nord-vietnamiennes et américaines, “victorieuses”, se mirent d’accord pour sceller le sort de Saigon le seul vrai perdant des Accords de Paris de janvier 1973. Hanoi pouvait maintenir et renforcer secrètement son soutien à son bras politique et armé au Sud (GRP et FNL-Sud Viêt-Nam), les soldats américains pouvaient se retirer “dans l’honneur” et au bénéfice de la “vietnamisation”, la République du Viêt-Nam était censée survivre dans un rapport de force désormais inégal. Le 30 avril 1975, les chars nord-vietnamiens entraient dans Saigon après trente années d’acharnement politique et militaire, d’offensives sanglantes et de campagnes meurtrières, de combats fratricides, dans le but de réunifier le Viêt-Nam sous l’égide du seul vainqueur totalitaire pour une “victoire totale” (toàn thắng) qui se voulait totalisante et définitive.

François Guillemot, 29/12/2012. D’après les deux articles de la BBC.

Notes

[1] Thượng tá Trần Việt Anh, Trận Điện Biên Phủ trên không, 14/10/2004 (Viện Lịch sử quân sự Việt Nam biên soạn). Article rédigé par l’Institut d’Histoire militaire du Viêt-Nam.

[2] Đỗ Sâm, Hà Nội 12 ngày đêm “Điện Biên Phủ trên không”, QĐND – Chủ Nhật, 19/12/2010.

[3] “Điện Biên Phủ trên không: Phục dựng hình ảnh B-52, SAM-2, MiG-21”, Báo Đất Việt, 28/11/2012.

[4] “North Vietnam, 1972: The Christmas bombing of Hanoi”, BBC Magazine, 24/12/2012. (voir extrait et lien ci-dessous)

 

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North Vietnam, 1972: The Christmas bombing of Hanoi

The biggest ever bombing campaign by US B-52 aircraft took place over Christmas 40 years ago, when the US dropped 20,000 tonnes of explosives on North Vietnam. More than 1,000 Vietnamese died, but the assault may have helped bring about the peace deal signed a month later.

Operation Linebacker II was President Richard Nixon’s attempt to hasten the end of the Vietnam War, as the growing strength of the Viet Cong caused heavy casualties among US ground troops.

The capture and torture of downed airmen in the north, regularly paraded on television, was also an embarrassment for Washington. Nixon was under pressure to bring the troops home.

At the same time, long-running negotiations in Paris between the warring parties had broken down.

The relationship between American negotiator Henry Kissinger and the government in the south was strained, while Le Duc Tho – representing the northern Communist government – was refusing to budge on the issue of prisoner releases. So the Americans decided to take decisive action.

Read more / Lire la suite : BBC Magazine, 24/12.2012.

Ecouter le témoignage de Ha Mi : Vietnam Christmas Bombing, 26/12/2012.

Le 25 décembre 1927 était fondé à Hanoi le Parti National du Viêt-Nam – Việt Nam Quốc Dân Đảng (VNQDĐ)

Numéro spécial de la revue Cong Hoa [République] publié en 1964 au Sud-Vietnam. Source : sachxua.net

Il y a tout juste 85 ans, le 25 décembre 1927, un petit groupe d’intellectuels vietnamiens fondaient le Parti National du Viêt-Nam (Việt Nam Quốc Dân Đảng) à Hanoi. La nouvelle organisation révolutionnaire, qui prônait le renversement du pouvoir colonial par les armes et l’instauration d’une République, se dotait d’un programme politique ambitieux en trois points :

1) Indépendance nationale (Dân Tộc Độc Lập) : chasser les colonialistes français du territoire vietnamien pour recouvrer l’indépendance nationale.

2) Droits du peuple (Dân Quyền Tự Do) : après avoir accédé à l’indépendance, mettre sur pieds des institutions démocratiques respectueuses des droits du citoyen.

3) Bonheur du peuple (Dân Sinh Hạnh Phúc) : promouvoir une politique économique visant à donner le bien être au peuple. [1]


Le soir du 24 décembre 1927, les jeunes révolutionnaires anticolonialistes de la maison d’éditions Nam Đồng Thư Xã réunirent secrètement une Convention nationale chez le père de Lê Thành Vị, au hameau Thể Giao au sud de Hanoi. Etaient présents cette nuit là les intellectuels patriotes Phạm Tuấn Lâm, Phạm Tuấn Tài, Hoàng Phạm Trân (Nhượng Tống), Nguyễn Khắc Nhu, Phó Đức Chính, Hoàng Văn Tùng, Hồ Văn Mịch, Nguyễn Ngọc Sơn, Nguyễn Thế Nghiệp, Nguyễn Hữu Đạt… ainsi que celui que Louis Roubaud nomma le “Grand Professeur”, Nguyễn Thái Học. La Convention secrète rassembla tout au plus 19 représentants de quelques provinces du Tonkin [2] et se termina à cinq heures du matin. Une première résolution fut émise collectivement avec la création du Parti Nationaliste et de sa charte politique. Nguyễn Thái Học fut désigné chef de la nouvelle organisation révolutionnaire.

Les années suivantes, le parti se développa dans les trois parties du Viêt-Nam colonisé (Tonkin, Annam, Cochinchine) parmi les intellectuels citadins, les petits propriétaires terriens, les agriculteurs et les tirailleurs. Il diffusa ses idées à travers le journal Hồn cách mạng [L’âme de la révolution], organe de propagande du parti, et établit son siège social à l’Hôtel Viêt-Nam à Hanoi. La nuit du 24 au 25 décembre fut choisie délibérément pour déjouer la surveillance de la Sûreté coloniale en principe bien occupée à fêter Noël. En principe seulement car la réunion fut découverte par la Sûreté dans la nuit autour de deux heures du matin et fut prudemment dissoute pour reprendre quelques temps plus tard au local des éditions Nam Đồng Thư Xã. Le lendemain, le 26 décembre, une seconde assemblée se déroula dans le hameau de Ngũ Xã (Cinq communes) pour déterminer le programme politique du parti et l’instauration d’une “Démocratie nationale socialiste” (Dân chủ quốc gia xã hội) [3]. Le destin malheureux de ce parti nationaliste révolutionnaire quasiment décimé en 1930 par la Sûreté coloniale puis de nouveau en 1946 par le Viêt-Minh/PCI ne faisait que commencer.

FG, 25/12/2012.

[1] Un objectif toujours inscrit dans le programme de lutte du VNQDĐ en exil, voir : Cương Lĩnh VNQDĐ 2006. En 1927, d’après Nhượng Tống, les deux premiers objectifs prévalaient : Révolution nationale visant à recouvrir l’indépendance et instauration d’une République démocratique parlementaire (Cf. Nhượng Tống, Hoa cành Nam [Fleurs de la branche du Sud], Westminster, CA, s.d., VNQDĐ xuất bản, p. 112). On remarquera que ces trois slogans inspirés du Triple démisme (la Théorie des trois peuples) de Sun Yat-sen forment la devise de la RSVN actuelle : “Độc Lập, Tự Do, Hạnh Phúc” (Indépendance, Liberté, Bonheur).

[2] Nhượng Tống évoque précisément le chiffre de 19 personnes à ne pas dépasser car à partir de vingt personnes la loi obligeait les responsables à déclarer la réunion à la préfecture et donc susciter l’intérêt immédiat de la Sûreté coloniale. Le chiffre de 36 représentants de 14 provinces, avancé par Hoàng Văn Ðào, semble de fait exagéré. Raison pour laquelle la Convention nationale mentionna le chiffre “19” à ne pas dépasser dans la composition d’une cellule du parti. Voir Nhượng Tống, Hoa cành Nam, p. 94.

[3] Traduction française faite par un membre du parti lors de la Commission criminelle de 1929, voir Nhượng Tống, Hoa cành Nam, p. 107.

Réf. : Hoàng Văn Ðào (ci-dessous) et Nhượng Tống, Hoa cành Nam, Westminster, CA, s.d., VNQDĐ xuất bản.

Aperçu Google Books

« Dire, faire savoir, interroger et reconnaître les drames personnels et collectifs de la péninsule indochinoise au XXe siècle »

Année universitaire 2012-2013 / Master Asie Orientale Contemporaine (ASIOC) / Semestre 1

Mémoires d’Indochine :

Regards internes sur la décolonisation et la guerre

au Viêt-Nam, Laos et Cambodge

Bilan – lundi 24 décembre 2012

« Dire, faire savoir, interroger et reconnaître les drames personnels et collectifs de la péninsule indochinoise au XXe siècle »

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Séminaire Mémoires d’Indochine : Synthèse de François Guillemot avec les contributions de : Pierre-Emmanuel Bachelet (PEB), Géraud Beaudonnet (GB), Camille Belléguic (CB), Joachim Boittout (JB), Eva Claude (EC), Clémence Oliviero (CO), Adèle Pinet (AP), Stéphane Verdeille (SV), Aranone Zarkan Al Farekh (AZAF).

Le séminaire Mémoires d’Indochine a rassemblé cette année neuf étudiants de l’ENS de Lyon et de Sciences Po Lyon. Grâce à la mise en place du carnet de séminaire le 17 septembre dernier, l’audience s’est démultipliée (plus de 7500 visiteurs différents depuis l’ouverture) et démontre l’intérêt que la thématique des questions mémorielles en péninsule indochinoise suscite. A ce titre nous remercions chaleureusement les différents contributeurs de ce carnet qui ont échangé avec nous des informations ou participé à nourrir le débat (par ordre alphabétique) : Pierre Brocheux, Laurent Dartigues, Pierre Daum, Dominique Foulon, Christopher Goscha, Caroline Grillot, Alain Guillemin, Annick Le Bourlot, Denis Leroux, Liêm-Khê Luguern, Jean Maïs, Nguyên Huu Tân Duc, Nguyên Ngoc Châu, Nguyên Thê Anh, Philippe Papin, Jean-Pierre Renaud, Emilien Ruiz, Alain Ruscio.

Les étudiants du séminaire ASIOC des années précédentes ont commencé à apporter leurs contributions comme Marie Bellot (Université Lumière Lyon 2), Sarah Cuvelier, Nicolas Leprêtre (IAO), Stéphanie Martel (Université de Montréal), Pauline Seguin (Alliance Française Chine). Les compte-rendus de lecture des étudiants de cette promotion seront également mis en ligne tout au long du second semestre. Nous proposons ci-après un aperçu du contenu du séminaire à travers une rédaction collective.

Façons de se raconter

Au fil des sept séances de trois heures chacune, l’histoire contemporaine de trois pays de la péninsule indochinoise, le Cambodge, le Laos et le Viêt-Nam, a été revisitée sous l’angle des littératures autobiographiques produites par des acteurs locaux, citoyens de ces trois pays. Le corpus des textes proposés à la discussion s’est organisé autour d’une quinzaine de témoignages de diverse nature (Mémoires politiques, témoignages, récits personnels, romans autobiographiques, journaux intimes…) et de textes politiques (Manifeste, programme d’action, lettre de militant). Pour certains de ces textes, il ne s’agissait pas tant d’adopter « le pacte biographique » tel que l’entend Philippe Lejeune [1] que de témoigner à visage découvert d’une époque, d’un phénomène (guerre, révolution, exode, enfermement) ou d’un destin extraordinaire. Ces textes n’échappent pas à une forme d’héroïsation de l’auteur et servent parfois d’autojustification à des actes politiques [2]. Se raconter n’est jamais anodin. Ce qui est particulièrement vérifiable lorsque des acteurs importants de l’histoire se mettent en scène dans leurs mémoires (Bao Dai, Ho Chi Minh, Nguyen Cao Ky, Norodom Sihanouk, Tran Van Don…) [3]. Pour d’autres, il s’agit de retranscrire une histoire familiale (Dang Phuong Nghi, Duong Van Mai Elliott, Le Ly Hayslip [4]), de défendre un positionnement social ou militaire particulier pendant la guerre (par exemple : Lam Quang Thi, Nguyen Thi Dinh, Sisouk na Champassak [5]).

L’expression écrite revêt plusieurs formes : le journal intime pour Dang Thuy Tram (qui n’était pas initialement destiné à être publié) [6], le carnet de guerre pour le Viêt-Minh Pham Thanh Tâm [7] mais aussi pour l’écrivain Phan Nhat Nam au Sud [8], les mémoires politiques (par exemple pour Bui Diem, ancien ambassadeur de la République du Viêt-Nam aux Etats-Unis [9], ou Vu Thu Hien, ces dernières étant présentées par son auteur comme celles “d’un homme qui ne fait pas de politique” [10]), les récits de vie comme ceux de Xuan Phuong, de Le Ly Hayslip, de Kim Lefèvre [11], le roman pour Tran Thi Hao ou Nha Ca de façon plus indirecte [12]. Le graphisme s’est imposé dans cette expression personnelle, initié par Vann Nath, rescapé de Tuol Sleng, pour dire la brutalité des Khmers rouges [13]. Expression graphique que la jeune bande dessinée khmère s’est aujourd’hui appropriée.

Détail important à souligner, très souvent les mémoires sont à l’origine des témoignages oraux retranscrits par une autre personne. Ceci est clairement établi dans le cas des mémoires du général Vo Nguyen Giap, retranscrites habituellement par l’écrivain Huu Mai [14]. Pour d’autres comme Nguyen Xuan Chu ou Pham Van Lieu, il semble que l’historien Vu Ngu Chieu des éditions Van Hoa (Houston, Texas) ait contribué à leur rédaction [15]. De même, il est de notoriété publique que les mémoires de l’ex-Empereur Bao Dai aient fait l’objet d’une retranscription par un proche [16]. Le Ly Hayslip, Xuan Phuong ou Truong Nhu Tang et bien d’autres encore ont publié leur texte avec la collaboration d’un auteur occidental [17] comme tout Rithy Panh pour L’élimination, texte fort pour lequel l’écrivain Christophe Bataille à prêter sa plus belle plume. L’ouvrage est d’ailleurs signalé comme étant co-écrit par deux auteurs. Les exemples pourraient ainsi se multiplier et le choix d’une co-écriture analysé cas par cas. Pour les mémoires publiés au Viêt-Nam, il faut encore aujourd’hui compter sur le Comité d’Education et de Propagande (Ban Tuyên giáo) du PCV pour valider les informations contenues dans les textes soumis à publication qu’ils soient rédigés dans le pays même ou traduits de l’étranger [18].

Enfin, l’oralité ne doit pas être oubliée dans l’expression des destins personnels. En ce sens, le remarquable travail réalisé dans les années 1980 pour le programme Vietnam a Television History pour recueillir les témoignages sur la guerre du Viêt-Nam offre un matériau très riche à l’historien. Ils sont disponibles en ligne sur le site de la fondation WGBH Media Library & Archives[19]. Dans le même ordre d’idées, Rithy Panh a monté un projet similaire au Cambodge, le Centre Bophana – Centre de Ressources audiovisuelles, afin de recueillir les témoignages audio/vidéo des victimes du génocide. Le centre propose également un ensemble de données (textuelles et audiovisuelles) sur l’histoire récente du Cambodge, du protectorat à nos jours. [20]

Témoigner, résister, dire pour survivre

Quelques sujets clés ont organisé notre réflexion sur l’évolution de la péninsule indochinoise au XXe siècle : occupation japonaise, résistances locales, révolutions nationaliste et communiste, guerres civiles, mobilisations populaires, réforme agraire, enfermement, massacres, exode. Ces thématiques se retrouvent assez largement dans les récits et les mémoires proposés dans le séminaire. Par exemple, Bui Tin adopte une analyse chrono-thématique dans son exposé du destin de la RDVN en guerre [21].

Exorciser un passé traumatisant se révèle particulièrement probant dans le cas cambodgien. Bon nombre de récits du simple citoyen au souverain se concentrent sur la période tragique du Kampuchéa Démocratique des Khmers rouges. Exorciser l’horreur et perpétrer une histoire familiale apparaissent comme étant les deux objectifs poursuivis par les survivants et leur descendance. Cette volonté de témoigner sur cette période revêt la forme d’un acte politique pour faire savoir au monde l’horreur du totalitarisme. Une dimension universelle interrogée par Rithy Panh dans L’élimination :

Que dire d’un pays qui devient, en soi, un gigantesque camp de travail ? Comment qualifier ces 1,7 million de morts en quatre ans, et sans moyens d’extermination de masse ? Dictature par la terreur ? Crime contre l’humanité? Suicide d’une nation? Derrière ces crimes, il y a une petite poignée d’intellectuels ; une idéologie puissante ; une organisation sans faille ; une obsession du contrôle, et donc du secret ; un mépris total de l’individu ; un recours absolu à la mort. Oui, il y a un projet humain. C’est pourquoi les expressions « suicide d’une nation », « autogénocide » ou « politicide » me déplaisent profondément – encore qu’elles arrangent tout le monde. Une nation qui se suicide est un corps unique. Et un corps retranché du corps des nations. Elle est énigmatique, inatteignable. C’est une nation malade. Folle, peut-être. Et le monde reste innocent. Or dans les crimes du Kampuchéa démocratique, dans l’intention de ces crimes, il y a bien l’homme, l’homme dans son universalité, l’homme dans son entièreté, l’homme dans son histoire et dans sa politique. Nul ne peut considérer ces crimes comme un particularisme géographique ou comme une bizarrerie de l’histoire: au contraire, c’est le XXe siècle qui s’accomplit en ce lieu, c’est même tout le XXe siècle. C’est une formule excessive, bien sûr, mais dans son excès elle livre une vérité: ces crimes ont été formés dans les Lumières [22].

Pour les jeunes générations khmères, le récit de cette blessure familiale prend la forme de d’images fortes comme des clichés photographiques pour élaborer des romans graphiques plus directs que l’écriture.

Des comparaisons avec les modèles communistes chinois ou nord-coréens peuvent être faites. Par exemple Géraud Beaudonnet et Camille Belléguic ont souligné à plusieurs reprises la similarité des récits vietnamiens avec le témoignage de Jung Chang (Les cygnes sauvages) [23].

Autre pays mais même contexte, cette fille de fonctionnaires chinois écartés pendant la Révolution culturelle retrace l’itinéraire de sa famille en trois générations au gré de l’histoire chinoise. Ces témoignages « par le bas » mettent en lumière des mêmes manières de subir une réunion de dénonciation ou encore les camps de rééducation en RDVN et en Chine populaire. (GB)

Entre les trois pays de la péninsule des similitudes sont aussi opérantes comme dans les récits de rééducation laotiens ou vietnamiens. Le fracas de la guerre, le choc des révolutions, l’obligation de faire des choix, de choisir un camp, apparaissent comme des étapes cruciales des récits des grands et petits acteurs de l’histoire de la péninsule indochinoise.

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Les exposés ont relayé et approfondi les questions mémorielles sous-jacentes aux événements tragiques de la péninsule au cours du XXe siècle. D’un point de vue thématique, les exposés ont pu balayer un large éventail de sujets que chaque intervenant a pris le soin de résumer dans le rappel qui suit.

A partir d’une lecture de l’ouvrage de Christopher Goscha, Vietnam or Indochina, Aranone Zarkan Al Farekh s’est plongée dans les concepts d’espace national et de territoire indochinois [24].

L’Indochine s’est révélée être autre chose qu’un territoire homogène et continu, mais bien plutôt une mosaïque composée du Cambodge, du Laos et de l’Annam, le Tonkin et la Cochinchine (tous trois formant l’actuel Viêt-Nam) que les Français ont tenté d’unifier sous leur égide. Les gouvernements coloniaux successifs, de la fin du XIXe siècle jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, mettent en œuvre des stratégies qui entrent en contradiction avec l’idée même d’unité indochinoise. En effet, pour réaliser l’unité indochinoise rêvée, les Français se sont appuyés principalement sur les Annamites (Vietnamiens), ainsi l’administration indochinoise se révélait être une administration annamite et ce même au Cambodge et au Laos au détriment des locaux. Dès lors, l’identité indochinoise, s’inscrivant dans le territoire indochinois, n’a pu se construire que partiellement et uniquement dans certaines consciences annamites. À partir des années 1920, le désir d’indépendance grandit chez les Annamites nationalistes (communistes et conservateurs) formés dans les universités françaises. Parallèlement les nationalismes cambodgien et laotien s’affirment. Si les Français s’efforcent d’empêcher l’effritement de l’Indochine, c’est après 1945 (lors de la guerre d’Indochine) que devient tangible l’idée d’une fédération indochinoise dans la mesure où Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens se retournent contre le protectorat français. L’unité qui se réalise dans la guerre prolonge cependant la prédominance vietnamienne. (AZAF)

La guerre d’Indochine a été abordée par le biais des témoignages « vus d’en face » [25].

La guerre d’Indochine nous est souvent racontée au travers des témoignages d’anciens combattants français, films de guerre adoptant le point de vue français. Lire les récits des soldats vietnamiens notamment autour de la bataille symbolique de Dien Bien Phu avait deux intérêts majeurs. D’une part, cela permet de souligner le caractère universel de la guerre : le même chaos, la même diversité des trajectoires individuelles dans le conflit, la même humanité au contact de l’inhumanité, quelque soit le camp. D’autre part, cela interroge sur la perception que l’on a de cette guerre en particulier : contre une lecture de l’histoire qui tendrait à mettre en avant l’incompétence de l’état-major français pour expliquer la défaite des colonisateurs, il est possible d’y substituer une autre lecture qui pointe l’intelligence, l’organisation et la combativité du Viêt-Minh pour expliquer la victoire des colonisés, acteurs de leur propre histoire. (CB)

Sur les questions de la guerre replacée dans son contexte régional, Joachim Boittout à l’appui de témoignages rédigés en langue chinoise publiés dans la revue Old Pictures (老照片) [26] a décrypté avec soin les motivations et expériences de militaires chinois à plusieurs époques.

En se fondant sur trois récits de soldats engagés dans le conflit vietnamien de 1965 à 1967 et durant les premiers mois de l’année 1979 à l’occasion du conflit sino-vietnamien, on pu rendre compte de la partialité des auteurs de ces témoignages, qui, à l’exception notable de l’un d’entre eux, adoptent une position ouvertement prochinoise. En dépit d’une rédaction désireuse de ranimer le souffle internationaliste qui animait les combattants chinois envoyés sur le front vietnamien, les auteurs se montrent extrêmement sévères à l’égard de la politique menée par Hanoï dès 1975. Par conséquent, c’est à partir d’un point de vue surplombant, qui invite à lire les trois textes dans le contexte géopolitique régional (relations sino-vietnamiennes) et international (forte dégradation des relations sino-soviétiques) de l’époque, que ces témoignages individuels ont été appréhendés. Cette démarche a ainsi permis d’en souligner la forte idéologisation et leur vocation à écrire l’Histoire en se fondant sur un vécu personnel, susceptible d’être compris à travers le prisme d’intérêts stratégiques dépassant la simple expérience des acteurs de ces récits. (JB)

La guerre civile vietnamienne a touché de plein fouet les populations civiles. Mais comment s’est-elle déroulée sur les hauts-plateaux et quel contact s’est opéré avec les montagnards pendant cette période troublée sont des questions que Pierre-Emmanuel Bachelet a étudiées à travers l’histoire du FULRO, le principal front montagnard [27].

Ce mouvement, d’abord appelé FLM, est apparu à la fin des années 1950 et regroupe alors essentiellement des Montagnards du sud du Vietnam, dont le leader est le Rhadé Y Bham Enuôl. Il change plusieurs fois de nom et se greffe en 1960 au FULRO khmer du Cam Lès Kosem, dont le but est de faire renaître le royaume du Campa. Ces personnalités complexes vont alors entrer en conflit quant aux objectifs à privilégier, quant au parti auquel s’associer dans le cadre de la guerre du Vietnam, et ces dissensions conduisent à l’éclatement du mouvement en 1975. Le FULRO demeure malgré tout une référence identitaire commune, pour les Cam comme pour les Montagnards, qui rappelle le combat des minorités indochinoises pour leur reconnaissance. (PEB)

Le rôle des femmes dans la guerre en péninsule indochinoise est souvent sous-estimé et encore relativement mal connu. Des enquêtes sont actuellement en cours au Laos et au Viêt Nam pour recueillir la voix des femmes et de leurs différentes expériences de guerre. Stéphane Verdeille a exposé les destins de deux d’entre-elles [28].

Deux femmes qui à travers leurs récits, que ce soit La jeune fille et la guerre de Tran Thi Hao ou Ao Dai. Du couvent des Oiseaux à la jungle du Viêt-minh de Xuan Phuong nous montrent l’importance du rôle des femmes pendant les guerres du Vietnam. Deux rôles différents mais complémentaires, premièrement celui d’une jeune fille qui nous raconte la vie de ceux qui restent et font vivre le pays, les paysannes, les professeurs et, dans le cas de Xuan Phuong, celui d’une femme engagée qui sera tour à tour infirmière, fabricante d’armes, imprimeuse et reporter.

Ils nous montrent la difficulté d’être femme dans un régime qui nie les différences de genre et les problèmes causés alors par les menstrues que l’on doit camoufler au beau milieu des combats, l’utilisation de l’accusation de viol comme arme de guerre pour dénoncer un voisin dont on ne veut plus, mais aussi les raisons qui poussent une jeune fille de seize ans à s’engager, que ce soit l’amour d’un camarade, la haine et les brimades infligés par les colons, le désir de se libérer d’une famille et de traditions trop contraignantes.

Ces livres nous livrent également la peur et l’incompréhension des gens du sud qui voient débarquer ces « sauvages » du nord et ces jeunes femmes qui s’imaginent alors qu’elles vont se faire arracher leurs ongles vernis et couper leurs paupières fardées. Deux livres qui ne sombrent jamais dans le pathétique facile et qui se laissent lire d’une traite et avec passion même si la fin du livre de Tran Thi Hao s’attarde malheureusement sur des histoires d’amour sans grand intérêt. (SV)

Le génocide cambodgien a pris une place importante dans le séminaire pour des raisons assez évidentes : procès des khmers rouges en cours et production de témoignages filmés, écrits ou illustrés. Eva Claude a retracé l’existence de l’ingénieur et écrivain Pin Yathay, survivant du régime des Khmers rouges [29].

Dans son ouvrage Tu vivras mon fils, ce dernier présente un texte personnel, qui offre au lecteur un regard original. Ce regard est celui de l’ancienne élite cambodgienne qui, désabusée par le régime du maréchal Lon Nol, a un temps cru au discours des Khmers rouges. Ingénieur respecté il revient sur son incapacité à concevoir son déclassement. Moins manichéen et plus mature, Pin Yathay couche sur le papier le monde intérieur de ces réflexions qui lui ont permis de survivre alors qu’il devait feindre d’être idiot, de ne « rien voir, ne rien entendre et ne rien savoir ». Aujourd’hui loin de son pays, il s’est reconstruit presque réincarné mais sa mémoire le poursuit et le hante. Il n’a de cesse de témoigner et de mettre en garde contre « des idéaux séduisants de justice et d’égalité qui  pervertis par des fanatiques engendrent l’oppression la plus cruelle et la misère la plus générale ». (EC)

Géraud Beaudonnet s’est intéressé au récent ouvrage de Rithy Panh (co-écrit avec Christophe Bataille) intitulé L’élimination [30].

Rithy Panh qui, jusque là, s’était illustré pour son œuvre documentaire et cinématographique sur le génocide (citons notamment S21, la machine de mort Khmère rouge sorti en 2003 et Duch, le maître des forges de l’enfer, 2012), offre au lecteur son propre témoignage, souvent émouvant, de la répression impitoyable des Khmers rouges tout au long des cinq ans d’horreur du régime du Kampuchéa démocratique. Fils d’un haut fonctionnaire francophone éduqué au service du régime de Lon Nol, sa famille et lui constituent les premières cibles lorsque la guérilla communiste parvient à Phnom Penh en avril 1975. Il nous décrit avec précision le régime de « terreur et faux-semblant » auquel « le nouveau peuple » était assigné. Il mêle à son autobiographie la confrontation qu’il eut avec Duch, responsable de S21, principal camp de la mort Khmer rouge lors de sa détention avant son procès à Phnom Penh, un homme qu’il peint comme manipulateur, mais « terriblement humain » et dont la responsabilité ne peut être mise en doute. Rithy Panh nous rappelle ainsi que dans le cas d’un traumatisme tel que le génocide cambodgien, la quête de vérité doit passer par le témoignage des bourreaux. (GB)

En particulier les années de guerre au Cambodge ont été traitées par Clémence Oliviero sous l’angle des bandes dessinées et romans graphiques de la seconde génération de réfugiés [31].

En se concentrant sur la trilogie de Séra (Impasse et rouge, L’eau et la terre, Lendemains de cendres) et le premier tome de la série d’albums de Tian (L’année du Lièvre T.1 : Au revoir Phnom Penh), ce sont les souffrances du peuple khmer pendant près de 30 ans qui sont envisagées. Tout l’enjeu de la mémoire pour ces auteurs est de raconter ce qu’ils n’ont pas vécu mais qu’ils ont un besoin impérieux d’exprimer. Un long travail de recueil de témoignages a précédé ces œuvres, cathartiques pour eux-mêmes, pour leur famille, mais aussi plus généralement pour tout le peuple khmer. Ces récits de vie ont montré que les dessins sont parfois plus parlants que les mots pour témoigner et transmettre la mémoire. (CO)

Enfin, Adèle Pinet s’est intéressée aux pratiques mémorielles d’une association vietnamienne anticommuniste de Paris, en se basant sur l’ouvrage de l’anthropologue Abdallah Gnaba : La mémoire réinventée [32].

L’Association Générale des Etudiants Vietnamiens de Paris (AGEVP), l’une des plus grandes associations vietnamiennes de Paris, ferait aujourd’hui face à des problèmes intergénérationnels, qui pourraient remettre en cause les raisons mêmes de sa fondation. Face à des générations nées et socialisées en France, les Aînés de l’association ont des difficultés à faire passer le flambeau de la lutte contre le gouvernement de Hanoi, qui représente à leurs yeux la raison de leur exil en France, et de la perte de privilèges dont ils bénéficiaient sous la République du Viêt-Nam (Sud). Les Vietnamiens de deuxième et troisième génération, qui ne connaissent que la France, sont ainsi dans une position délicate, car bien que réceptifs aux récits des souffrances de leurs aînés, ils ne ressentent guère le besoin, ni l’envie de se battre pour retrouver un Viêt-Nam qu’ils n’ont pour la plupart jamais vu. Au-delà du cas vietnamien, ce récit nous permet de comprendre l’importance que revêt la transmission de la mémoire, reconnue par un groupe, pour la pérennisation des pratiques de ce groupe à travers les générations. (AP)

Conclusion

L’étude de ces textes et graphismes a mis en évidence la complexité des parcours biographiques et la diversité des types de témoignages. Le séminaire a pu ainsi rendre compte, à partir d’exemples concrets, des notions d’abus de mémoire, d’oubli et de constructions mémorielles développées par Paul Ricoeur. Si les témoignages peuvent servir l’Histoire (avec un grand H), il ne faut pas oublier la nécessaire obligation de croiser les sources, d’interroger les pratiques discursives, de cerner les éventuels enjeux sociétaux sous-jacents, d’analyser avec la plus grande rigueur possible les données divulguées dans ce type d’ouvrage. Ce travail réalisé, la valeur intrinsèque des mémoires et récits de vie peuvent s’approcher du pacte biographique de Philippe Lejeune ou au contraire s’en éloigner pour rejoindre une position partisane. Sources marginales de l’histoire, elles peuvent devenir indispensables dans l’élaboration d’une nouvelle histoire lorsque les sources archivistiques ont été détruites, sont interdites d’accès ou n’existent pas et pour la compréhension large d’un phénomène comme la guerre ou la révolution et leur impact sur la société. En outre, ces pratiques visant à retranscrire le passé et un vécu personnel participent à la reconstruction individuelle des survivants ou une reconstruction collective dans le cadre plus général de l’histoire des nations et de leurs relations parfois conflictuelles avec le passé.

Notes

[1] Philippe Lejeune, “Qu’est-ce que le pacte autobiographique ?”, 2006, en ligne sur Autopacte (site de l’auteur).

[2] Voir à ce propos l’analyse de Nguyen The Anh sur les Mémoires de Phan Boi Chau : Nguyen The Anh, “Le genre autobiographique dans la littérature vietnamienne, à travers les Mémoires de Phan Bôi Châu” sur Mémoires d’Indochine.

[3] SM Bao Dai, Le dragon d’Annam, Paris, Plon, 1980 ; Norodom Sihanouk, Prisonnier des Khmers rouges, Paris, Hachette, 1986 ; Tran Van Don, Les guerres du Vietnam. Un quart de siècle au Vietnam du Sud, Paris, Vertiges Publications, 1985. On peut citer également les mémoires de Nguyen Cao Ky et les deux autobiographies de Ho Chi Minh écrites sous des pseudonymes qui relèvent de la propagande d’Etat et du culte de la personnalité en RDVN.

[4] Dang Phuong Nghi, Mo, une micro-histoire du Vietnam au XXe siècle, Paris, Centre international d’études vietnamiennes, 2004 ; Duong Van Mai Elliott, The sacred willow. Four generations in the life of a Vietnamese family, New York, Oxford University Press, 1999 ; Le Ly Hayslip (avec Jay Wurst), Entre le ciel et la terre, Paris, Editions du Seuil, 1993. Ces trois récits consacrent de nombreux passages à l’histoire familiale.

[5] Lam Quang Thi, The twenty-five year century. A South Vietnamese general remembers the Indochina War to the fall of Saigon, College Station, Texas A & M University Press, 2002 ; Nguyen Thi Dinh, No other road to take: memoir, Ithaca, N.Y., Cornell University, 1976 ; Sisouk na Champassak, Tempête sur le Laos, Paris, La Table Ronde, 1961.

[6] Dang Thuy Tram, Les carnets retrouvés (1968-1970), Arles, Philippe Picquier, 2010.

[7] Pham Thanh Tâm, Carnet de guerre d’un jeune Viêt Minh à Dien Bien Phu, Paris, Armand Colin, 2011.

[8] Voir les trois ouvrages de cet auteur parus à Saigon avant 1975 : Phan Nhật Nam, Dấu Binh Lửa 1963-1973. Bút ký chiến tranh [Traces de guerre. Carnet de guerre], Đai Ngã, 1969 & Hiện Đại, 1973 ; Dọc đường số một. Bút ký [En suivant la route n°1. Carnet], Đại Ngã, 1970 ; Mùa hè đỏ lửa. Bút ký chiến tranh [L’été rouge de feu. Carnet de guerre], Sáng Tạo, 1972 et Hiên Đại, 1973.

[9] Bui Diem (with David Chanoff), In the jaws of history, Bloomington, Indiana University Press, 1999.

[10] Vũ Thư Hiên, Đêm giữa ban ngày. Hồi ký chính trị của một người không làm chính trị [La nuit en plein jour. Mémoires politiques d’une personne qui ne fait pas de politique], Westminster, CA, Văn nghệ, 1997. Ce sous-titre a disparu de la réédition par NXB Tiếng Quê Hương.

[11] Xuan Phuong (avec Danièle Mazingarbe), Ao Dai. Du couvent des Oiseaux à la jungle du Viêt-minh, Paris, Plon, 2001 ; Le Ly Hayslip, Entre le ciel et la terre, Paris, Seuil, 1993 ; Kim Lefèvre, Métisse blanche, Paris, Bernard Barrault, 1989.

[12] Tran Thi Hao, La jeune fille et la guerre, roman, Paris, L’Harmattan, 2007 ; Nha Ca, Les canons tonnent la nuit, Arles, Philippe Picquier, 1997.

[13] Vann Nath, Dans l’enfer de Tuol Sleng. L’inquisition khmère rouge en mots et en tableaux, Paris, Calmann-Lévy, 2008.

[14] Vo Nguyen Giap (avec la participation de Huu Mai), Mémoires, Fontenay-sous-bois, Anako éditions, 3 tomes, 2003-2004.

[15] Nguyễn Xuân Chữ, Hồi ký Nguyễn Xuân Chữ [Mémoires de Nguyen Xuan Chu], Houston, TX, Văn Hóa, 1996 ; Phạm Văn Liễu, Trả ta sông núi. Hồi ký [Rendez-nous notre terre. Mémoires], Houston, TX, Văn Hóa, 3 vol., 2002-2004.

[16] Bao Dai, Le dragon d’annam, op. cit.

[17] Le Ly Hayslip, Entre le ciel et la terre, op. cit. ; Xuan Phuong, Ao Dai, op. cit. ; Truong Nhu Tang, Mémoires d’un Vietcong, Paris, Flammarion, 1985.

[18] Un exemple de censure dans la traduction vietnamienne des mémoires de Jacques Raphaël-Leygues (Ponts de lianes. Missions en Indochine, 1945-1954) : Giờ phút Điện Biên Phủ [Le moment de Dien Bien Phu], Hanoi, NXB Công An Nhân Dân, 2004. (Ngô Quang Vinh dịch). Idem pour les Mémoires de Do Mau publiées au Viêt-Nam comme un “Ouvrage de référence des forces de la police populaire” dans une version revisitée : Hoàng Linh Đỗ Mậu, Tâm sự tướng lưu vong. Việt Nam máu lửa quê hương tôi : Hồi kí. Sách tham khảo trong lực lượng công an nhân dân [Confidences d’un général exilé. Le Viêt-Nam ma patrie à feu et à sang : Mémoires], Hanoi, NXB Công An Nhân Dân, 1991.

[19] Voir la collection des entretiens réalisés dans le cadre du programme Vietnam a Television history (The Vietnam Collection).

[20] Bophana est le nom d’une jeune prisonnière du centre de détention S21. Nous remercions Géraud Beaudonnet pour nous avoir signalé ce manque, corrigé à la dernière minute.

[21] Bui Tin, 1945-1999 Vietnam la face cachée du régime, Paris, Editions Kergour, 1999.

[22] Aperçu sur Google Books (extrait cité).

[23] Jung Chang (avec la collab. de Jon Halliday), Les cygnes sauvages. les mémoires d’une famille chinoise, de l’Empire céleste à Tiananmen, Paris, Plon, 1992. Nouvelle édition en 2006.

[24] Christopher E. Goscha, Vietnam or Indochina? Contesting concepts of space in Vietnamese nationalism, 1887-1954, Copenhagen, NIAS, 1995. Ouvrage réédité et complété sous le titre : Going Indochinese : Contesting Concepts of Space and Place in French Indochinese, Copenhagen, NIAS Press, 2012.

[25] Dao Thanh Huyen et al., Dien Bien Phu vu d’en face. Paroles de bô dôi, Paris, Nouveau Monde éditions, 2010.

[26] Old Pictures (老照片, Lao zhao pian).

[27] Po Dharma, Du FLM au FULRO. Une lutte des minorités du sud indochinois (1955-1975), Paris, Les Indes Savantes, 2006.

[28] Tran Thi Hao, La jeune fille et la guerre, op. cit. ; Xuan Phuong, Ao Dai, op. cit.

[29] Pin Yathay, Tu vivras, mon fils, Paris, L’Archipel, 2005, édition revue et corrigée.

[30] Rithy Panh & Christophe Bataille, L’élimination, Paris, Grasset, 2012.

[31] Séra, Impasse et rouge, Paris, Albin Michel, 2003 ; L’eau et la terre. Cambodge, 1975-1979, Paris, Delcourt, 2005 ; Lendemains de cendres. Cambodge, 1979-1993, Paris, Delcourt, 2007 ; Tian, L’année du lièvre. 1, Au revoir Phnom-Penh, Paris, Gallimard, 2011.

[32] Abdallah Gnaba, La mémoire réinventée. Chronique anthropologique d’une association vietnamienne de Paris, Paris, L’Harmattan, 2008.

Những “Vệ út” : Les enfants-soldats de Ho Chi Minh au début de la guerre d’Indochine

Lors des soixante jours de résistance à Hanoi entre le 19 décembre 1946 et le 17 février 1947, une “force spéciale” agissait aux côtés des troupes de l’armée régulière de la RDVN. Elle était constitué d’enfants d’à peine dix ans, ceux que l’on appelait alors affectueusement les “Vệ út”, les “cadets des Forces d’Autodéfense”.

Cet aspect peu connu de la résistance vietnamienne a été révélé en décembre 2006 à l’occasion du soixantième anniversaire du déclenchement de la guerre. L’emploi des enfants dans la résistance fut également mentionné dans les mémoires de Vo Nguyen Giap. L’historien Christopher Goscha a souligné l’utilisation de ces “recrues intéressantes” pour le Viêt-Minh à Hanoi et Saigon et en a rappelé les limites. [1]

Jusqu’à aujourd’hui peu de recherches se sont intéressées spécifiquement aux rôles des enfants dans la guerre d’Indochine puis plus tard lors de la guerre du Viêt-Nam de quelque bord qu’ils fussent. Il est vrai que cet aspect de la guerre nécessite un accès aux archives et à défaut la construction d’un corpus de témoignages vérifiés et solides. Qui étaient-ils ? Combien étaient-ils ? Que faisaient-ils ? Comment se comportaient-ils face au feu ? Une série d’articles parus en 2006 dans le journal Tuổi Trẻ [Jeunesse] revenait sur le destin (côté RDVN) de quelques-uns de ces survivants d’une époque qui façonna leur destin. [2]

Source : www.vnmilitaryhistory.net

“Qui étaient-ils ?” est la première question qui vient à l’esprit. Il s’agissait la plupart du temps d’enfants pauvres, d’orphelins, de petits vendeurs de rues (de journaux ou de sandwiches), de cireurs de chaussures qui passaient leurs journées dans les rues d’Hanoi pour trouver de quoi survivre et se nourrir. De nombreux orphelins ayant survécu à la terrible famine de l’hiver 1944-1945 avaient été poussés dans le hameau des travailleurs pauvres de Phuc Tân, Phuc Xa aux abords du Fleuve rouge. A cette époque la langue de terre de Phuc Tân, longeant le Fleuve rouge, rassemblait plus d’une centaine de paillotes branlantes qui abritaient les travailleurs pauvres mais également des dizaines d’enfants abandonnés ou malchanceux. Tous les “gavroches” de la ville trouvaient là un refuge et un peu de réconfort. Des liens d’amitié se nouèrent, des destins communs pouvaient s’épauler. Puis la guerre arriva à grands pas. Et le 19 décembre Phu Tân s’embrasait.

Pour empêcher le Viêt-Minh de se ravitailler, les forces du CEFEO incendièrent ce quartier de misère sans en mesurer les conséquences. Des dizaines de jeunes furent immanquablement pris dans le cercle de la guerre. Ces enfants quittèrent leur Phu Tân en feu pour investir la capitale. Dans l’autre sens, les citoyens de Hanoi cherchaient à fuir par tous les moyens vers les provinces adjacentes de Nam Dinh, Ha Nam, Ninh Binh… Quant aux “poussières de vie” de Hanoi, elles se retrouvèrent aux barricades dressées par les Forces d’Autodéfense et, de fait, furent associées à la résistance. Jeune agent de liaison de 11 ans, l’ancien “cadet” Nguyen Van Phuc expose ses motivations :

“La chose extraordinaire est que moi et de nombreux autres gamins de mon âge qui tentions d’échapper à l’évacuation se retrouvèrent là à participer à la résistance. Notre objectif étaient vraiment simple : rester pour frapper ceux qui avaient brûlé nos maisons à Phuc Tân” [3].

L’idée d’en découdre prévalait sans mesurer véritablement ce que comportait cet engagement sur les premières lignes comme le rappelle Nguyen Van Hieu : “Nous étions encore trop petits pour comprendre que la guerre et la mort se cotoyaient de très près” [4].

Những Vệ út trong mùa đông 1946 – Ảnh tư liệu.
Source : http://www.vnmilitaryhistory.net

Mais à Hanoi, la situation devint intenable pour le Viêt-Minh lorsque la voie secrète pour le ravitaillement fut découverte. Il fallut penser à évacuer. Un accord fut trouvé avec les consuls chinois, britannique et américains pour respecter avec les Français une trève de ving-quatre heures permettant l’évacuation des civils chinois, hindous et vietnamiens de la ville. Vo Nguyen Giap rappelle cet épisode dans La résistance encerclée :

Le haut commandement décida de laisser dans l’interzone I une petite unité de cinq cents combattants sélectionnés. La plupart de nos forces devant être évacuées avec les civils pendant la trève. Toutefois, après l’évacuation, selon le rapport du PC du régiment, notre effectif sur place était encore de mille deux cents combattants, dont deux cents femmes et soixante quinze enfants. Nous n’avions pas compté ceux qui, éludant le recensement sélectif, étaient décidés à continuer le combat dans l’interzone. [5]

Autant dire que ceux qui restèrent faisaient figure de volontaires de la mort car les bombardements de l’aviation et de l’artillerie françaises reprirent avec plus d’intensité pour anéantir les dernières poches de résistance du Viêt-Minh.

Evalués à plus de 175, les enfants-soldats de Ho Chi Minh des premiers temps de la résistance servaient comme agents de liaison entre les unités Viêt-Minh, comme éclaireurs logés sur les toits des maisons pour surveiller l’avancée des troupes françaises, comme agents de ravitaillement ou de renseignement. Si peu prirent les armes (elles-mêmes en nombre réduit), certains possédaient des grenades et beaucoup se sacrifièrent lors des durs combats urbains. Peu à peu, ces enfants furent intégrés dans l’armée régulière (Ve Quoc Quan) principalement en tant qu’agents de liaisons. Ils furent pris en main politiquement et militairement dans les détachements de jeunesse du Viêt-Minh. Lors de l’évacuation de la ville en février 1947, ils furent regroupés à Dai Thu dans la province de Thai Nguyên comme le souligne Dang Van Tich :

“Les cadets d’Autodéfense suivirent leurs ainés lors du repli du Régiment de la Capitale. En arrivant à Thai Nguyên, le groupement des cadets qui ne comptaient plus qu’environ 120 enfants fut rassemblé en deux compagnies. Ce fut l’unique chance pour que tous les cadets ayant participé aux 60 jours de résistance puissent faire connaissance” [6].

Nhạc sĩ quyết tử quân Lương Ngọc Trác với các em Vệ út Trang Công Lũy (phải), 10 tuổi và Phạm Đình Luận (trái), 9 tuổi – những chú bé liên lạc gan dạ trên chiến lũy Liên khu 1.

Un ouvrage illustré, rassemblant 145 photographies, a été publié en 2006 par l’ancien “cadet d’Autodéfense” Dang Van Tich mais la vie quotidienne de ces 175 enfant-soldats pris dans le feu de la guérilla urbaine de 1946 puis dans la longue guerre de trente ans restent encore méconnus. Les journalistes Tran Dinh Tu et Lam Hoai ont commencé à lever le voile sur le destin de quelques-uns de ces survivants, engagés bon gré mal gré dans une aventure guerrière qu’ils ne pouvaient imaginer aussi longue et déterminante pour leur pays.

François Guillemot, 20/12/2012.

Notes :

[1] Christopher E. Goscha, Vietnam, un Etat né de la guerre 1945-1954, Paris, Armand Colin, 2011, pp. 145-146.

[2] Voir les liens aux 6 articles en vietnamien ci-dessous : “Những Vệ út trên chiến hào vệ quốc”. Christopher Goscha s’appuie sur ces documents pour retracer l’histoire des “Vê ut”, voir Vietnam, un Etat né de la guerre, pp. 157-159.

[3] TRẦN ĐÌNH TÚ, “Những Vệ út trên chiến hào vệ quốc“, Tuổi Trẻ, 11/12/2006.

[4] TRẦN ĐÌNH TÚ, “Những “Gavroche” Hà thành“, Tuổi Trẻ, 11/12/2006.

[5] Vo Nguyen Giap, Mémoires 1946-1954. Tome 1 :  La résistance encerclée, Fontenay-sous-Bois, Anako Editions, coll. Grands Témoins, 2003, p. 53.

[6] TRẦN ĐÌNH TÚ, “Những “Gavroche” Hà thành“, art. cit.

Pour en savoir plus :

  • La série de six articles parus en 2006 sur Tuổi Trẻ : “Kỷ niệm 60 năm ngày Toàn quốc kháng chiến (19-12-1946 – 19-12-2006)”

Những Vệ út trên chiến hào vệ quốc

>> Kỳ 1: Tuổi thơ dữ dội
>> Kỳ 2: Những “Gavroche” Hà thành
>> Kỳ 3: Nữ Vệ út và báu vật 60 năm
>> Kỳ 4: Tiểu đội nhí và “chiến thuật xe bò”
>> Kỳ 5: Người chép sử Vệ út

>> Kỳ 6: Cô đầu phố Khâm Thiên

  • Nguyễn Trọng Hàm, Đặng Văn Tích, Hoàng Kim Đáng (biên soạn), Quyết tử để Tổ Quốc quyết sinh, Hà Nội : Nhà xuất bản Quân đội nhân dân, 2005.

Phong Hóa [Mœurs] et Ngày Nay [Temps présents] : Les deux grands périodiques du Tự Lực Văn Ðoàn en ligne

[ndlr] Les deux grandes revues des années 1930 fondées par le Tự Lực Văn Đoàn “Groupe Littéraire Autonome” sont désormais accessibles sur la toile via la bibliothèque numérique du journal Người Việt [Le Vietnamien] aux Etats-Unis. Au Viêt-Nam, plusieurs universités diffusent également à titre gracieux cette collection exceptionnelle. Cette diffusion massive s’inscrit dans le cadre du 80e anniversaire de la parution du premier numéro de Phong Hóa en 1932. L’importance de ces revues sur la société vietnamienne de l’époque fut considérable. Pour en savoir plus, le lecteur se reportera aux études de Bui Xuan Bao [1], Dao Dang Vy [2], de Nguyen Van Ky [3] et plus récemment de Martina Nguyen [4], une des initiatrices de ce projet.

Sur le site de la Bibliothèque numérique de Người Việt :

Premier numéro : [juin 1932] ; Second numéro : n° 2, 23 juin 1932 /// dernier numéro : n° 190, vendredi 5 juin 1936.

Premier numéro : n° 1, 30 janvier 1935 /// dernier numéro : n° 224, samedi 7 septembre 1940.

Sur le site de l’Université Hoa Sen :

  • Phong Hoa (accès aux premiers numéros en pdf)
  • Ngay Nay (accès aux premiers numéros en pdf)

[1] Bui Xuan Bao, Le roman vietnamien contemporain. Tendances et évolution du roman vietnamien, 1925-1945, Saigon, Tu sach Nhan van Xa hoi, 1972.

[2] Dao Dang Vy, Evolution de la littérature et de la pensée vietnamienne, depuis l’arrivée des Français jusqu’à nos jours (1865-1946), Hue, Editions Tao-dan, 1948.

[3] Nguyen Van Ky, La société vietnamienne face à la modernité. Le Tonkin de la fin du XIXe siècle à la Seconde guerre mondiale, Paris, L’Harmattan, 1995.

[4] Martina Nguyen, “Wearing Modernity : Lemur Nguyen Cat Tuong, the Press, and Fashion in late colonial Vietnam”, colloque international Les identités corporelles au Viêt-Nam d’hier à aujourd’hui, ENS de Lyon, mai 2007. Voir aussi : “Tôi tìm lại Tự lực văn đoàn”, BBC, 25/09/2012.

 

Nguyễn Tường Tam, dit Nhất Linh

Écrivain et homme politique vietnamien (Hai Duong 1906-Saigon 1963). Créateur et animateur du groupe littéraire Tu luc van doan (Par ses propres forces), rénovateur de la revue Phong hoa (Mœurs) [1932], devenue Ngay nay (Temps présents), auteur de nouvelles et de romans à thèse (Rupture, 1935 ; Une paire d’amis, 1938), il a contribué à assurer le renom de jeunes talents et le renouveau littéraire au Viêt Nam.

Source : Larousse

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Annonce de la diffusion et de son contexte

Chia sẻ miễn phí báo Phong Hóa – Ngày Nay

TT – Bản số hóa toàn bộ báo Phong Hóa và Ngày Nay của Tự Lực Văn Ðoàn từ những năm 1930-1940 sẽ được công bố và cho down load miễn phí tại website của khoa văn học và ngôn ngữ Ðại học Khoa học xã hội và nhân văn TP.HCM, Ðại học Hoa Sen, khoa ngữ văn Ðại học Sư phạm Hà Nội, bắt đầu từ ngày 22-9-2012.

Ðây là công trình được bà Phạm Thảo Nguyên (định cư ở Hoa Kỳ, con dâu của nhà văn Thế Lữ) cùng các cộng sự thực hiện từ đầu năm 2011.

Trong đó, phần lớn báo Phong Hóa, Ngày Nay được bà Nguyên mua lại từ cách nay 20 năm, cùng với sưu tập của Martina Nguyễn Thục Nhi và sự giúp sức của Nguyễn Tường Thiết, Vu Gia, Ðỗ Tuấn Khanh, mới có được bộ Phong Hóa (190 số) và Ngày Nay (224 số).

Công tác kỹ thuật do Nguyễn Trọng Hiền, Lê Thành Tôn, Ðỗ Thị Kim Dung, Lê Huyền Thanh đảm nhiệm.

Toàn bộ các số báo được số hóa bằng cách chụp lại nguyên trang, định dạng file theo chuẩn pdf và sẽ công bố với mật độ khoảng 10 số/ tuần tại trang web của ba trường đại học nói trên.

Phía Ðại học Hoa Sen cho biết trước ngày 22-9 sẽ công bố 13 số đầu của báo Phong Hóa. Ðây là 13 số báo do Phạm Hữu Ninh và Nguyễn Xuân Mai làm, trước khi chuyển lại cho Nhất Linh và nhóm Tự Lực Văn Ðoàn. Báo Phong Hóa số 14 ra ngày 22-9-1932 do Nhất Linh làm giám đốc, sau này trở thành một tiếng nói của nhóm Tự Lực Văn Ðoàn (tôn chỉ mục đích của nhóm công bố trong số 87, 2-3-1934).

Kỷ niệm 80 năm sự kiện này, ngoài trang web của ba đại học trên, một số trang web trong và ngoài nước cũng lần lượt công bố toàn bộ bản số hóa của Phong Hóa và Ngày Nay.

Trao đổi với Tuổi Trẻ chiều 18-9, bà Phạm Thảo Nguyên cho biết sau khi công trình số hóa báo Phong Hóa – Ngày Nay hoàn thành, bà muốn phổ biến trước hết tại các đại học khoa học xã hội và nhân văn trong nước.

“Hơn đâu hết, sinh viên và thầy cô giáo những nơi này cần các tư liệu văn học từ Phong Hóa, Ngày Nay. Chúng tôi trân trọng sự nghiệp của các cụ thế hệ trước, qua Phong Hóa, Ngày Nay thấy rõ tấm lòng yêu nước Việt, yêu dân Việt, học được cách sử dụng chữ quốc ngữ, đặc biệt là tinh thần xiển dương cái đẹp bình dân trong đời sống của dân tộc… điều này có trong tôn chỉ Tự Lực Văn Ðoàn”, bà Thảo Nguyên nói :

Hai tờ báo Phong Hóa (số cuối ra ngày 5-6-1936) và Ngày Nay (số đầu ra ngày 30-1-1935, số cuối ra ngày 7-9-1940) là những tờ báo trào phúng đầu tiên của nước ta. Mục đích của báo được quảng bá lần đầu trong Phong Hóa số 13 là: Bàn một cách vui vẻ các vấn đề cần thiết: xã hội, chính trị, kinh tế – nói rõ về hiện tình trong nước… Ðó chính là tinh thần dân chủ và bình đẳng trong tư tưởng, văn chương, báo chí. Sau này tờ báo thật sự đã nổi bật ở tính thời sự và giọng châm biếm.

Năm 1934, những người làm báo Phong Hóa đã thành lập nhóm Tự Lực Văn Ðoàn với sáu thành viên: Nhất Linh, Hoàng Ðạo, Thạch Lam, Khái Hưng, Tú Mỡ và Thế Lữ; sau này có thêm thành viên thứ bảy là thi sĩ Xuân Diệu. Giải thưởng Tự Lực Văn Ðoàn trao có ba lần (1935, 1937, 1939) nhưng đã là một giải thưởng uy tín, một bảo chứng danh giá cho sự nghiệp văn chương của những người đoạt giải: Ðỗ Ðức Thu, Phan Văn Dật, Vi Huyền Ðắc, Nguyên Hồng, Anh Thơ, Tế Hanh…

LAM ÐIỀN, Tuoi Tre Online, Thứ Năm, 20/09/2012.

MàJ : 10/02/2017.

 

Nguyễn Mộng Giác (1940-2012) : hommages à “l’expert” du roman-fleuve vietnamien

[ndlr] Nous avons appris récemment le décès de l’écrivain Nguyen Mong Giac survenu le 2 juillet 2012. Décédé des suites d’une longue maladie, cet auteur reste pour de nombreux Vietnamiens une grande figure de la littérature. Rédacteur en chef de la revue Van Hoc [Littérature], éditée aux Etats-Unis de 1986 à 2006, il a fortement contribué à offrir ses lettres de noblesse à la littérature vietnamienne d’outre-mer. Cette revue mensuelle, sobre et très bien faite, était d’une grande qualité intellectuelle. A titre personnel, j’attendais sa parution avec impatience pour y découvrir les grands noms de Mai Thao, Vo Phien, Ta Chi Dai Truong, Nguyen Thi Hoang Bac et tant d’autres… Chacun pouvait se la procurer à la librairie Nam A (Sudasie) à Paris XIIIe où elle était diffusée.

Nous invitons le lecteur à retrouver la courte fiche biographique de cet auteur éditée par Viet Nam Literature Project. Celle-ci est suivie de quelques hommages publiés sur la toile entre juillet et septembre 2012.

Nguyễn Mộng Giác (1940-[2012]) is a fiction writer, essayist and editor.

He was born in Bình Ðịnh in 1940, graduated from the Pedagogical University in Huế, emigrated to the US as a refugee in 1975 [ndlr : en 1982], settling in Garden Grove, California. His books include Nỗi Băn Khoăn Của Kim Dung, essays (Saigon: Văn Mới, 1972), Bão Rớt, short stories (Trí Ðăng, 1973), Tiếng Chim Vườn Cũ (Trí Ðăng, 1973), Qua Cầu Gió Bay, a novel (Văn Mới, 1974), Ðường Một Chiều, a novel (Saigon: Nam Giao, 1974), Ngựa Nãn Chân Bon, short stories (Người Việt, 1983), Xuôi Dòng, short stories (Văn Nghệ 1987), Mùa Biển Ðộng, a multi-volume novel (Văn Nghệ, 1984-89) and Sông Côn Mùa Lũ, a multi-volume novel (An Tiêm, 1991). He is also the editor of the long-running, highly respected journal Văn Học.

Along with Nhật Tiến, Hà Thúc Sinh, Nguyễn Ngọc Ngạn and others, he has a story in To Be Made Over: Tales of Socialist Reeducation in Vietnam, translated into English by Huỳnh Sanh Thông.

Linh Dinh started this entry.

Source : Viet Nam Literature Project

Hommages à Nguyen Mong Giac (1940-2012)

[ndlr] Cet hommage de quatre textes à Nguyen Mong Giac commence par une chronique de Dang Tien, notre ancien professeur de littérature vietnamienne à l’Université Denis Diderot Paris 7, qui analyse le roman fleuve intitulé Mua Bien Dong [Mer déchainée] paru aux Etats-Unis entre 1984 et 1989. Cette chronique est suivie par un article de Dang Tien qui s’intéresse, cette fois-ci, au phénomène des romans-fleuves publiés au Viêt-Nam depuis le début du XXe siècle. Le second hommage est celui du critique littéraire Nguyen Hung Quoc paru sur son Blog. Le premier texte évoque l’émotion que suscite chez lui cette disparition, le second souligne un thème récurrent de l’oeuvre littéraire de Nguyen Mong Giac : la présence de l’eau.

 

  • Tiếc thương Nguyễn Mộng Giác, 1940-2012 – MÙA BIỂN ĐỘNG

Đặng Tiến (29 tháng giêng 1990)

Nhà văn Nguyễn Mộng Giác vừa qua đời tại Mỹ, ngày 02- 7- 2012 sau một cơn bệnh dài, là tác giả hai bộ trường thiên tiểu thuyết Mùa biển động1,  tiểu thuyết thời sự, sáng tác tại Hoa Kỳ 1982- 1989, gồm năm tập, 1 800 trang, và bộ tiểu thuyết lịch sử Sông Côn Mùa Lũ, viết trong nước, 1978- 1981, 4 tập, 2000 trang , là hai bộ tác phẩm đồ sộ nhất trong ngành tiểu thuyết Việt Nam, sau Cửa biển2, của Nguyên Hồng xuất bản trong nước đã lâu.

Tác phẩm Mùa biển động  đã được độc giả hải ngoại đón tiếp nồng nhiệt. Tập một, Những đợt sóng ngầm, in năm 1984, đã được tái bản nhiều lần, Bão nổi (1985) cũng vậy; tập ba mang tên toàn bộ Mùa biển động, 1986, đã tái bản. Bèo giạt in năm trước, 1988, thì năm sau tác giả cho in tập cuối, dài nhất, là Tha hương.

Tiểu thuyết Mùa biển động là một biến cố quan trọng trong nền văn chương Việt Nam ở hải ngoại, cần được chào đón xứng đáng, và cần được phân tích, thảo luận, phê phán cặn kẽ, bên ngoài cái vòng khen chê tùy hứng và lẩn thẩn, hay cuồng nộ theo những định kiến chính trị hay phe phái.

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  • Tưởng niệm Nguyễn Mộng Giác: VỀ THỂ LOẠI Tiểu thuyết trường thiên

Đặng Tiến
Orleans, 05 tháng hai 1990, đọc lại và cập nhật 02-7- 2012, để tưởng niệm Nguyễn mộng Giác.
Trường thiên tiểu thuyết là thuật ngữ Nguyễn Mộng Giác đã dùng để gọi thể loại mà ông sử dụng khi viết Mùa biển động: một tiểu thuyết dài nhiều lần hơn mức trung bình, chia thành nhiều tập, đưa ra một tuyến nhiều nhân vật, sống trong một giai đoạn lịch sử dài, và những hoàn cảnh khác nhau.
Có thể nói Nguyễn mộng Giác là «  chuyên gia » về thể loại này : ông còn là tác giả bộ tiểu thuyết lịch sử, lấy thời kỳ Tây Sơn làm bối cảnh, bộ truyện Sông Côn Mùa Lũ, bốn cuốn, dài khoảng 2000 trang, viết tại Sài Gòn từ tháng 3 đến tháng 8- 1981, tu chính tại Hoa Kỳ 1990, và nhà An Tiêm của Thanh Tuệ xuất bản, cùng năm, tại Cachan- Paris và California. Sách được tái bản trong nước, tôi không nhớ xuất xứ, vì tôi có một bộ nhưng đã gửi tặng…tác giả ! Sách, vì ấn hành trong nước, đã gây tai tiếng và phiền hà cho người viết tại Mỹ.Như vậy, mấy chữ trường thiên tiểu thuyết đã mất nghĩa đầu tiên của nó: trước kia, nó chỉ là truyện dài, khác với trung thiên tiểu thuyết là truyện vừa, và đoản thiên tiểu thuyết là truyện ngắn. Từ ngày báo Phong Hóa, năm 1932, đưa ra từ truyện ngắn, thì dần dần người ta chỉ còn dùng hai chữ truyện dài, truyện ngắn. Cũng cần thêm rằng, hai chữ truyện ngắn mượn của người Anh, dịch từ short story, chớ người Pháp và người Trung Quốc, thầy ta lúc ấy, không có khái niệm truyện ngắn, hiểu theo quan niệm bây giờ.
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  • Nhớ Nguyễn Mộng Giác

Nguyễn Hưng Quốc (04/07/2012)

Nhà văn Nguyễn Mộng Giác đã qua đời ngày 2 tháng 7 tại Nam California, Mỹ. Nhận được hung tin, tôi không thấy bất ngờ lắm nhưng vẫn lặng người, bàng hoàng.

Không bất ngờ vì năm ngoái, cũng vào tháng 7, khi tôi và Hoàng Ngọc Tuấn ghé Cali, đến thăm Nguyễn Mộng Giác, tôi đã thấy sức khoẻ của anh đã yếu lắm. Anh vẫn đi đứng nhưng dáng đi rất chậm, có vẻ gì như chênh vênh. Anh vẫn cười nói sôi nổi, nhất là khi bàn luận chuyện văn chương, nhưng sự chuyển động của đôi môi có vẻ gì như khó khăn và các cơ bắp trên mặt có vẻ gì như đờ cứng, không linh hoạt như trước. Sau mấy tiếng đồng hồ chuyện trò xôm rả, ra về, tôi cảm thấy buồn rầu và bất an, không biết mình có còn gặp được anh lần nữa hay không.

Càng không bất ngờ khi tuần trước, lúc tôi, Hoàng Ngọc-Tuấn và Võ Quốc Linh đang chuẩn bị đi Mỹ, tôi nhận được điện thoại của bạn tôi, anh Nguyễn Xuân Thu, kể về chuyến Mỹ du ngắn ngủi của anh, ở đó, anh có gặp Nguyễn Mộng Giác trong bệnh viện. Khi tôi hỏi về tình hình sức khoẻ của Nguyễn Mộng Giác, anh Thu khựng lại một lát rồi mới trả lời, giọng buồn buồn: “Chắc không còn lâu đâu!” Tôi muốn hỏi thêm chi tiết, nhưng anh Thu có vẻ không muốn kể. Anh chỉ nói: “Chuyến đi Mỹ lần này buồn quá. Mình chẳng muốn đi Mỹ nữa. Bạn bè người thì đã mất, người thì sắp mất. Đi về, lòng nặng nề dễ sợ.” Tôi, một mặt, mong Nguyễn Mộng Giác được bình phục; mặt khác, hy vọng, nếu bệnh tình anh biến chuyển xấu, cái xấu cuối cùng sẽ đến chầm chậm một chút để tôi có thể đến gặp anh lần cuối.

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  • Một nét trong phong cách Nguyễn Mộng Giác (1940-2012)

Nguyễn Hưng Quốc (11/09/2012)

Sông Côn mùa lũ mở đầu bằng hình ảnh một dòng sông, lúc gia đình giáo Hiến lếch thếch bồng bế nhau đi tị nạn, và kết thúc cũng bằng một dòng sông, sông Bến Ván, nơi dừng chân của mẹ con An. Nó mở đầu bằng dòng kinh nguyệt đầu tiên của An và kết thúc cũng bằng dòng kinh nguyệt của Thái, con gái của An. Giữa những dòng chảy ấy là dòng chảy điên cuồng của đất nước và của số mệnh từng người: những cuộc “hành kinh” của lịch sử.

Nên lưu ý là hình ảnh về những dòng chảy ấy, dưới nhiều hình thức và với nhiều mức độ khác nhau, bàng bạc trong hầu hết các tác phẩm của Nguyễn Mộng Giác chứ không riêng gì trong Sông Côn mùa lũ. Tên các tác phẩm của ông: Nỗi băn khoăn của Kim Dung, Bão rớt, Tiếng chim vườn cũ, Qua cầu gió bay, Đường một chiều, Ngựa nản chân bon, Xuôi dòng, Mùa biển động (5 tập), và Sông Côn mùa lũ (4 tập), trong đó, trừ tập tiểu luận đầu và tập truyện thứ hai, các tựa sách khác đều sử dụng một trong ba hình tượng: gió, nước và con đường. Nhiều nhất là hình tượng nước.

Lire la suite : VOA – Blog Nguyễn Hưng Quốc

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Pour en savoir plus

  • Visitez le site Nguyen Mong Giac Info – Nơi lưu giữ những tác phẩm của Nhà Văn Nguyễn Mộng Giác [Nous en profitons pour remercier le professeur Nguyen The Anh pour nous avoir signalé ce site].

Ian G. Baird: Political Memories, Economic Land Concessions, and Landscapes in the Lao People’s Democratic Republic

Paper presented at the International Conference on Global Land Grabbing II – October 17‐19, 2012 – Organized by the Land Deals Politics Initiative (LDPI) and hosted by the Department of Development Sociology at Cornell University, Ithaca, NY.

Abstract
Recently I have argued that ‘political memories’ —which are crucial for establishing and maintaining ‘political capital’, based on individual and group positioning during past wars and conflicts— are important when considering varied outcomes from negotiations that occur in the Lao People‘s Democratic Republic in relation to large-scale economic land concessions (see Baird and Le Billon 2012, Political Geography). In this paper I expand on the idea of political memories by considering the concept in relation to the theoretical framework presented by Hall et al. (2011) in their book Powers of Exclusion, which stresses the importance of interactions between regulation, force, the market and legitimation for understanding different types of exclusionary processes, especially in relation to access to land. I argue that political memories are particularly relevant when it comes to the idea of legitimation, and that the concept of political memories fits well into Hall et al.’s framework. In relation to large-scale plantation, mining and hydropower dam concessions, I stress the importance of political memories in (re)shaping understandings of landscapes.

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Ian Baird, Assistant Professor of Geography, University of Wisconsin-Madison, see Ian Baird Profile

Ian G. Baird is an Assistant Professor of Geography and an affiliate of the Center for Southeast Asian Studies at the University of Wisconsin – Madison. Geographically, his research is focused on mainland Southeast Asia, especially Laos, Cambodia and Thailand. He is particularly interested in upland peoples, including the Brao and Hmong, and the ethnic Lao. Much of his research revolves around political ecology, human-environment relations, the co-management of natural resources, resource tenure issues, development studies, post-colonial studies, social movements, social theory, social and spatial (re)organization, identities, boundaries, and 19th and 20th century mainland Southeast Asia history. He conducts research regarding social justice and environmental issues associated with internal resettlement in Laos, economic land concessions in mainland Southeast Asia, and hydropower development in the Mekong region. He also has a keen interest in indigenous peoples’ issues. He has worked with progressive non-government organizations (NGOs) and people’s organizations in Southeast Asia for most of the last 25 years. He believes that environmental justice issues should be recognized more widely as being fundamentally linked to human rights, including rights to livelihoods. He has an extensive academic publication record.

Email: ibaird@wisc.edu

Source : Human Rights Initiative, University of Wisconsin-Madison